Couple s'embrassant

Source : http://www.flickr.com/photos/434pics/3751354690/

C’est une histoire ordinaire, banalement ordinaire. Un de celles qui se répètent régulièrement dans mon cabinet.

C’est l’histoire d’un couple, un couple comme beaucoup, un couple qui se pose des questions.
Un couple qui a des problèmes, enfin plutôt UN problème. Un problème banal et très courant.
Je pourrais dire que c’est l’histoire de 80% des couples qui viennent me voir …

Monsieur et Madame viennent pour un problème simple : ils n’ont pas suffisamment de relations sexuelles.
Ce problème est reconnu par les 2 : Monsieur aimerait faire plus souvent l’amour ; Madame reconnait qu’elle n’a pas très envie, que

Faire l’amour, ce n’est pas trop mon truc.
Je ne suis pas très câline.

;

C’est un problème simple : Madame n’a pas assez de désir.

Si elle désirait plus, il n’y aurait pas de difficultés dans le couple. Il n’y a donc qu’à améliorer son désir et le problème est réglé.

Même Madame le dit :

Je pourrais être beaucoup plus chiante qu’actuellement
si je faisais l’amour plus souvent.

Monsieur confirme.

C’est donc Madame qui a un problème. Madame a bien quelques récriminations sur la façon dont Monsieur s’investit à la maison, dont il l’écoute, dont il s’occupe d’elle mais cela reste annexe, même pour elle. Madame se désole et se culpabilise de ne pas avoir plus de désir. C’est elle la responsable finalement.

Monsieur et Madame ont souvent vu un ou plusieurs intervenants avant moi.
L’avantage pour moi, c’est que quand ils ont vu quelqu’un et que ça n’a pas marché, cela me donne une excellente indication sur CE QUE JE NE DOIS SURTOUT PAS FAIRE pour les aider …

Donc ils ont vu au moins un thérapeute, psychologue, sexologue ou autre.
Qui a confirmé que Madame était bien la cause du problème en abandonnant vite le travail avec Monsieur et en travaillant uniquement avec Madame.

Madame doit apprendre à lâcher prise.
Elle doit apprendre à se détendre pour retrouver le désir.

a dit cet intervenant en substance.

Parfait. Voilà qui confirme le tout : Monsieur et Madame ont un problème. Enfin surtout Madame.
Tout le monde est d’accord là-dessus.

Alors puisque tout le monde est d’accord, allons-y : soignons Madame qui dysfonctionne.

;

Alors comment s’y prennent Madame et son entourage pour « soigner » l’absence de désir de Madame ?

Madame s’exhorte et se lamente sur le mode :

Je devrais avoir plus de désir.
Je devrais avoir envie de faire l’amour.

Et l’attitude et les propos de Monsieur, du(des) thérapeute(s) précédent(s) confirment ce point.

Si vous avez lu mon article sur le désir (ici), vous aurez compris que c’est une excellente façon de ne pas voir émerger le désir : essayez donc de vous convaincre que vous avez envie de manger des choux de Bruxelles si vous n’aimez pas ça 😉

La 1e étape est donc de désamorcer cette situation : on NE PEUT PAS DECIDER D’AVOIR ENVIE.

On a envie ou pas. Point.
Donc j’interdis les relations sexuelles, et même la simple évocation de ce sujet pendant toute la durée de l’accompagnement avec moi. (Je ne vais pas me faire des amis chez les messieurs je crois :-D).

Mais ça ne suffit pas … Madame est soulagée – elle dit, le ressent, se sent « presque sur le point d’avoir envie – mais n’est pas tellement plus active dans la réflexion autour de son couple.
Madame souffre encore – Monsieur aussi – mais a du mal à faire les taches que je leur donne suite aux premiers entretiens. J’ai la puce à l’oreille.

Certains intervenants qualifieraient Madame de « résistante » : elle dit qu’elle veut changer mais elle ne le veut pas vraiment. Ce qui confirme qu’elle a un problème.

Ce qui énerve aussi beaucoup monsieur à qui cela confirme que Madame ne l’aime pas vraiment puisqu’elle ne FAIT PAS D’EFFORTS. Madame préfère même aller fumer ou discuter avec ses copines que passer du temps avec lui, une preuve de plus que Madame n’aime pas Monsieur et ne souhaite pas vraiment résoudre ce problème.

Pour moi, cela confirme surtout qu’il me manque certainement dans mon accompagnement de ce couple un élément important, primordial même.

Qu’est-ce qui empêche Madame d’être plus active dans la résolution de leur difficulté de couple ?

Et au détour d’un entretien, bam … alors que nous cherchons ensemble les moments où le désir est plus ou moins présent, je réalise que Madame a encore moins de désir quand elle voit Monsieur tendu, stressé, angoissé.

Monsieur et Madame me confirment que Monsieur a un travail stressant, qu’il parle beaucoup de son travail à la maison.

Madame explique qu’elle sent que, parfois (souvent ?), elle a l’impression que faire l’amour est un défouloir pour Monsieur, que cela le détend, l’apaise.
Mais qu’elle a envie d’être désirée pour elle, pour son corps à elle.

Elle n’est pas l’anxiolytique de Monsieur …

Tout devient clair : l’absence de désir de Madame n’est pas un PROBLEME … C’est une SOLUTION !

Une solution presque parfaite, tout à fait écologique :

Madame a trouvé le moyen de se protéger = elle n’est pas un outil de besoin au service de son compagnon tout en protégeant son compagnon = il n’est pas responsable de la situation, c’est elle et elle seule, elle n’ajoute pas un poids sur les épaules de son compagnon en plus de son stress professionnel.

Faire augmenter son désir, c’est nier son ressenti intime de la situation, son propre désir d’être aimée et désirée en tant qu’elle, femme.

C’est la renvoyer à un rôle de « traitement contre l’angoisse ». Lequel ou laquelle d’entre nous a envie de ça ?

Madame ne peut pas accepter d’avoir ce rôle … mais elle ne peut pas le refuser non plus sinon elle déroge à son envie de prendre soin de son mari, son désir d’être présente pour lui.

Ne pas désirer est donc la façon la plus élégante de résoudre ce problème.

Monsieur conclura joliment cet entretien en disant :

Je ne m’étais pas rendu compte que j’avais oublié
de lui donner envie d’avoir envie.

Pour plus de ressources autour du couple – articles d’autres blogs, vidéos, … – retrouvez ma « revue de Web » par ici.

  1. bonjour,
    il me vient quelques réflexions
    c’est bien vu et bien raconté, et la conclusion optimiste, => scénario 1,

    mais il est des cas où Monsieur ne peut accepter d’avoir une once de responsabilité dans la situation alors il jette Madame, en la culpabilisant encore plus =>scénario 2

    questions
    peut -on éviter le scénario 2?
    d’où vient le fait que la femme est toujours la première à culpabiliser ou à être culpabilisée?le poids de la culture? de la religion? de l’éducation des fillles?
    vaste sujet
    cordialement
    Catherine

    • Ce n’est pas une conclusion optimiste … c’est ce qui s’est vraiment passé.

      Et quand on est dans le cas 2, le travail se fait bien différemment car en général, Monsieur ne vient pas en thérapie de couple puisqu’il n’a pas de problème ;-).

      Et alors l’accompagnement de Madame se fait tout à fait autrement !
      L’approche que j’utilise fait que je peux travailler indirectement et que je ne m’encombre pas des gens qui ne sont « clients » = demandeurs d’un changement ET prêts à mettre des choses en oeuvre pour que ça change.

      Je raconterai un cas comme un de ces jours 😉 … J’en ai plein !

    • Je reviens sur la culpabilité : je ne crois pas que les hommes culpabilisent moins … Par contre ils l’expriment différemment : face à leur culpabilité, les femmes vont avoir tendance à tout prendre en charge, ce qui fait culpabiliser les hommes et leur fait peur (comment être à la hauteur ?). Du coup ils stressent, ce qui fait culpabiliser les femmes … et la boucle est bouclée.

      Apprendre aux garçons à mieux gérer leurs angoisses et leur stress et aux filles à demander VRAIMENT de l’aide (pas juste en parler, mais demander à ce que qq d’autre fasse à leur place), voilà ce qui aiderait les couples dans leur grande majorité.

      Dans les 2 cas, hommes et femmes se rejoignent dans leur désir de bien faire.

      Il ne s’agit pas d’une problématique féminine/masculine mais d’apprendre à accepter l’échec comme étant constructif et non comme une erreur.

  2. marie-laure a dit :

    J’ai l’impression que vous racontez mon, enfin, notre histoire … Nous avons déjà vu psychologue (enfin, surtout moi car c’est moi qui est un pb) et une sexologue qui souhaite me revoir seule (oui, car c’est encore moi qui ne vais pas bien).
    A vous lire, je ne sais pas s’il faut que je reprenne RDV avec ces professionnels, en même temps, on essaye de se raccrocher à toutes les branches qui s’offrent aux couples pour réussir à s’en sortir et apprendre à ne pas rechuter ou à repérer le pb avant qu’il ne s’aggrave.
    Votre article sur l’oiseau me parle également bcp, c’est vraiment mon ressenti et celui de mon mari, mais bien que nous exposons clairement nos points de vue, nous ne trouvons pas la clé …
    Comment faire ?

    • Pour ce qui est de votre situation en particulier, impossible de répondre précisément mais si exposer clairement vos points de vue – ce qui semble logique et de bon sens – ne marche pas, alors il faut passer à autre chose. Il n’y a pas de bonne façon de faire quelque chose qui ne fonctionne pas.
      La clé n’est pas facile à trouver et il faut souvent une aide extérieure pour la trouver. Et peut-être aussi ne cherchez-vous pas à ouvrir la bonne porte ;-), mais ça difficile de s’en rendre compte quand on est plongé dans la situation. D’où l’intérêt d’aller voir une tierce personne.

      Ensuite, pas facile de s’y retrouver dans les approches et de trouver le bon intervenant.
      Il y a aussi le feeling qu’on peut avoir avec telle ou telle personne qui joue beaucoup.

      Cependant, il y a quelques questions à se poser par rapport à une intervention :
      – est-ce que j’ai un bon feeling avec cette personne ? est-ce que moi, « patiente » (ou cliente) je me sens en confiance, respectée en tant que personne, compétente, … ?
      – Est-ce que l’approche de cette personne me convient ? Est-ce que je suis satisfait-e de ce qui se passe pendant les séances ?
      – est-ce que j’ai l’impression que les choses avancent, même doucement, que ça va dans le bon sens ? Ou bien la situation stagne-t-elle ?

      Si vous avez un ressenti « négatif », le mieux est d’en parler à la personne qui vous suit – psychologue ou sexologue – pour éclaircir la situation et lui dire clairement ce qui ne vous convient pas, ce que vous aimeriez faire de différent.

      Si ce n’est pas indiscret – vous pouvez me répondre par email (sandrine@scommc.fr) – dans quelle région êtes-vous ?
      En fonction de votre localisation, je peux peut-être vous orienter vers un-e de mes collègues qui pratique la même approche que moi si vous le souhaitez.
      N’hésitez pas à me contacter directement par email si vous voulez plus d’informations.

      Sandrine

  3. Ces récits sont tellement vrais. Même sans m’identifier complètement car célibataire, je retrouve un air de déjà- v(éc)u…
    De plus, la « mise en mots » est excellente : c’est la cerise sur le gâteau !

    Quand j’ai un coup de mou, je viens lire un des articles du blog, ce qui me rend toujours le sourire !

    À bientôt peut-être,
    CB

  4. J’arrive donc sur cet article, après notre échange sur l’égoïsme, et c’est parfait!
    j’aurais beaucoup aimé le trouvé il y a quelques temps, quand j’avais ces problèmes, et que j’avais bien du mal à me faire comprendre, et qu’on a été chez un sexologue qui n’a pas arrangé grand chose…
    Mais je me le garde sous le coude, on ne sait jamais! 🙂

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