prévenir la maltraitance infantile, bébé qui pleureUn article récent du Nouvel Obs à propos d’un fait divers sordide – la mort d’un bébé de 4 mois – m’a donné l’occasion d’aborder plus concrètement le sujet de la maltraitance infantile. Même si cet article aborde le sujet plutôt maladroitement – voir mon analyse à ce sujet sur les Vendredis Intellos – il pose quand même le problème de la sous-estimation de la maltraitance infantile en France. Comment prévenir la maltraitance infantile de façon plus efficace ?

prévenir la maltraitance infantile : un phénomène largement sous estimé en France

La maltraitance est non seulement largement sous estimée en France mais son traitement dans les médias est à mon avis inapproprié et ne permet pas de poser les bonnes questions pour agir plus concrètement à ce sujet.

Une enquête récente de l’INSERM – qui ne me semble pas être un repère de dangereux utopistes prônant les enfants rois – a montré récemment que la maltraitance était largement sous-estimée en France. Cette enquête – j’en parle dans l’article sur les Vendredis Intellos et vous pouvez trouver un article du Monde à ce sujet ici (accessible en partie seulement à tout public, le reste est payant – 2 euros) – semble montrer qu’on peut estimer que

400 à 800 enfants meurent chaque année en France sous les coups.

Il me semble donc urgent d’agir contre la maltraitance d’une façon plus efficace et de cesser le déni à ce sujet. Si l’on veut prévenir la maltraitance infantile, il s’agit aussi de mieux connaitre le phénomène et de cesser de l’ignorer …

 

Voici mes pistes de réflexion pour prévenir la maltraitance infantile :

  • diffuser une approche de la relation à l’enfant plus réaliste

Aujourd’hui en France, les visions de l’éducation et de la relation à l’enfant les plus répandues sont basées sur des approches qui ne tiennent pas compte des connaissances récentes sur le fonctionnement du cerveau et sur le développement de l’enfant. Il n’y a qu’à voir ce qui est enseigné à ce sujet dans les lieux de formation des professionnels de l’enfance, des psychologues, des enseignants, … et à lire/écouter/voir ce qui se dit dans les médias à ce sujet (je vous invite à ce sujet à lire les articles de ma rubrique « Dis pourquoi » ainsi que ceux que j’ai écrit à propos des conseils de Marcel Rufo pour la rentrée ici et ).

Ces approches contribuent à répandre une vision négative de l’enfant qui rendent la maltraitance et la violence éducative plus probables. Je crois vraiment que, pour prévenir la maltraitance infantile, nous devons sortir de cette vision limitante de l’enfant.

En effet, un parent qui pense que le comportement de son enfant vise à le tester, à tester ses limites, aura tendance à se montrer de plus en plus ferme pour tenir le cadre si l’enfant ne s’y conforme pas. Il s’enferme ainsi – en croyant bien faire – dans un cercle vicieux qui peut être très nocif, voire mortel.

Penser que la cadre et la façon de le poser font tout pose une question primordiale :

à quel prix êtes-vous prêt à tenir le cadre ?

Autrement dit : si votre enfant persiste à ne pas faire ce que vous lui demandez, que ferez-vous ensuite pour lui faire faire ? lui expliquer, le gronder, le punir, … lui donner une fessée. Et après ? Si ça ne marche toujours pas, que faites-vous ?

Ces approches qui ne tiennent pas compte du développement de l’enfant – en laissant croire que les enfants sont des « pervers » qu’il faut « mater » – créent une rigidité dans la relation parent-enfant qui empêche toute prise de recul.

De la même façon, des approches qui laissent croire qu’il existe des recettes toutes faites ou des outils universels qui marchent à tous les coups peuvent potentiellement conduire à la maltraitance, sous des dehors extrêmement bienveillants pour l’enfant de prime abord.

Ces approches mettent en échec parents et enfants en laissant croire qu’il existe une bonne façon de faire et que si l’enfant ne fait pas ce qu’on attend de lui, c’est parce qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait. Ce qui contribue à renforcer les risques de maltraitance car un parent en échec est un parent qui souffre et un parent qui souffre peut devenir violent. Elles ne permettent donc absolument pas de prévenir la maltraitance infantile de façon efficace.

J’avais expliqué en partie ce phénomène dans l’article « quelles sont les causes des conflits ? ».

  • dépathologiser le geste pour libérer la parole

Non, être parent ce n’est pas que du bonheur et de l’épanouissement. Ca peut être beaucoup de souffrances et de difficultés. Même avec un milieu social tout à fait dans la moyenne et sans difficultés psychologiques particulières.

Donc oui un parent peut être amené à frapper – plus ou moins violemment – son enfant, y compris à secouer son bébé.

Ces envies – et parfois ces gestes – n’ont généralement rien de pathologiques : ils sont le signe de l’impuissance et d’une souffrance extrême.

Comme je l’avais écrit dans l’article « une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça », et bien si, justement ! Une mère – ou un père – digne de ce nom pourrait commettre l’irréparable dans un moment difficile.Ou même des gestes moins graves mais qui, répétés, peuvent avoir des conséquences nocives sur le développement de l’enfant.

Le parent qui ressent ces difficultés est un parent comme les autres. Il a besoin d’aide, pas de jugement.

Parce qu’avec 10% des enfants qui seraient maltraités en moyenne dans les pays développés – étude publiée dans The Lancet et citée par le Monde – il n’y a évidemment pas que les parents soi-disant « pathologiques » qui sont maltraitants au quotidien.

10% d’enfants maltraités en France, ça fait 2 à 3 enfants dans la classe de chacun de vos enfants. Vous les connaissez ces 2 ou 3 enfants-là ?

Il serait bon de le dire et de le répéter : maltraiter son enfant, ça peut arriver à tout le monde parce que éduquer un enfant EST difficile ! Le savoir permet d’être attentif aux signes qui montrent qu’on est sur la mauvaise pente et de demander l’aide dont on a besoin.

Un parent qui ne peut pas solliciter d’aide et dire explicitement qu’il rencontre des difficultés est en situation de devenir violent et peut devenir maltraitant. Si l’on veut prévenir la maltraitance infantile, il faut aussi dire que s’occuper d’enfants est difficile et confrontant, que cela peut nous amener à avoir des comportements violents lorsque nous allons mal.

  • Sortir du jugement et proposer un soutien pragmatique et non jugeant aux parents

Lorsqu’un enfant va mal ou a des difficultés de comportement, la première réaction de toute le monde est de rejeter la faute sur les parents. Il y aurait donc des « bons » et des « mauvais » parents et gare à vous si vous n’êtes pas dans la bonne catégorie ! A lire aussi : l’article « les bons et les mauvais parents »

Une approche qui tend à dire que s’il y a un problème, c’est de LA FAUTE des parents parce qu’ils n’ont pas fait ce qu’il fallait, ou pas comme il faut, peut contribuer à la maltraitance en renforçant la culpabilité, le sentiment d’échec et l’isolement.

En effet, si je sais que, lorsque je vais parler de mes difficultés, on va me faire la morale, voire me culpabiliser alors j’aurais tendance à minimiser les difficultés en question et donc à ne pas demander l’aide dont j’aurais besoin. C’est une question de fonctionnement humain spontané (l’article « je mens, tu mens, il ment, nous mentons » peut vous aider à mieux comprendre ce qui se passe)

Un parent qui a peur d’être jugé aura du mal à parler et pourra plus difficilement demander de l’aide.

Or aujourd’hui, à ce que je vois, le soutien proposé aux parents relève plus du contrôle social que l’accompagnement à la parentalité. C’est en partie lié au 1er point que j’ai abordé plus haut : les approches qui sous-tendent les accompagnements proposés sont soit irréalisté, soit prétentent avoir l’ultra-solution, cette solution parfaite qui, si elle est appliquée parfaitement, permettra de résoudre tous les problèmes d’éducation.

Les professionnels sont peu formés à une approche pragmatique et non jugeante des parents.

Peu d’entre eux par exemple savent reconnaitre et utiliser la bonne intention des parents derrière des actes qui sont peut-être inefficaces mais logiques et se contentent de dire aux parents qu’ils ne font pas ce qu’il faut, entraînant culpabilité et peur du jugement.

Pour les professionnels – comme pour les parents avec leurs enfants – l’intention est bonne = provoquer un changement. Mais comme les parents avec leurs enfants, c’est la façon dont l’action est mise en oeuvre qui est parfois inefficace, voire contre-productive car elle entraine résistance et déni, ce qui bloque tout processus de changement chez les parents.

Former les professionnels – santé, social, professionnels de l’enfance, … – à une vision plus pragmatique de la relation serait un grand pas en avant dans la lutte contre la maltraitance. Leur donner des outils pour mieux accompagner les parents serait un excellent service à rendre aux parents … et aux enfants. Les aider à prendre du recul sur leurs pratiques professionnelles et notamment relationnelle serait d’une grande aide.

Ce n’est pas vrai que pour les professionnels : chacun de nous individuellement a son rôle à jouer pour sortir du jugement sur ce que font les autres parents et ouvrir des espaces de parole où on peut dire ses difficultés.

  • Une autre piste pour prévenir la maltraitance infantile : la loi sur la fessée

Concernant la loi sur la fessée, je suis encore très partagée à ce sujet. Elle serait une excellente occasion de communiquer sur le sujet.

Mais je pense qu’une bonne partie des gens est opposée à cette loi, non parce qu’ils souhaitent taper leurs enfants mais parce qu’ils en ont assez que quelqu’un d’autre leur dise qu’ils n’éduquent pas leurs enfants correctement.

Si une loi se fait dans ce domaine, la communication autour du projet va s’avérer complexe pour éviter de provoquer une levée de boucliers totalement contre-productive. Et ça, ça n’est vraiment pas gagné ! Cependant force est de constater que les pays qui ont interdit la fessée il y a déjà plusieurs dizaines d’année ont vu leurs taux de maltraitance chûter vertigineusement, pour quasiment disparaitre (0 – zéro – enfant mort par maltraitance en Suède par exemple).

A  noter qu’un colloque autour de la maltraitance est prévu fin septembre à Paris pour ceux que cela intéresse. A découvrir ici.

A la lecture du programme, je suis un peu mitigée car le sujet des parents n’est abordé nulle part. Je dois dire que cela m’inquiète beaucoup. A confirmer sur place 😉 (j’y serai peut-être !)

Et si on récoltait les propositions pour agir et mieux prévenir infantile la maltraitance ?

J’ai cité quelques grandes pistes dans cet articles, pistes qui restent très génériques. Et si on listait tous ensemble ce qu’on pourrait faire contre la maltraitance ? Que proposez-vous de votre côté pour prévenir la maltraitance infantile ?

Vos idées, vos actions … ou tout simplement ce qui vous aide ou vous aiderait quand vous sentez arriver la crise …

J’attends vos propositions ici en commentaires 😉 !

Photo Credit: Monroe’s Dragonfly via Compfight cc

  1. Merci pour cet article, encore une fois très intéressant et un regard différent. Cela me fait beaucoup réfléchir en tant que maman mais aussi en tant qu’éducatrice de jeunes enfants qui est ma profession. Pour rebondir sur la formation des professionnels de la petite enfance, je trouve que un des messages important passé en formation est de regarder de manière bienveillante un enfant, de partir du principe, tout à fait, juste que l’enfant est profondément bon. Mais en même temps nos cours de psycho sont fait à partir des mouvements psychanalytiques qui nous forgent surement trop à se dire que quelque soit le comportement de l’enfant c’est la « faute » du parent, la cause vient des parents, de leur histoire ect… et j’ai l’impression que vous faites passer un autre message, un regard plus pragmatique qui entrainerait beaucoup moins de jugements et de culpabilisation.

    Du coup cela me questionne vis-à-vis de mes pratiques, des réponses que je peux donner aux parents avec qui j’ai pu travailler ou bien mes amis et vis-à-vis de moi-même en tant que mère. (Ca serait super si vous proposiez vos articles aux revues de la petite enfance comme « EJE journal » ou « Journal des professionnels de la petite enfance » !)

    Et pour donner une réponse à votre précieux-listing, quoi faire quand je sens que la crise monte en moi ?
    – déjà je le dis à haute voix à mon enfant « tu vois là à force de t’attendre, d’être patiente, de répondre qu’à tes besoins cet après-midi, je sens la colère qui monte en moi ». Le dire à voix haute m’aide beaucoup à mettre une distance entre ma fille et mon émotion.
    – en même temps que je cris de colère je le dis « là je cris, là j’en peux plus, ton comportement me met trop en colère… » ça revient un peu à ce que j’ai écris avant, sauf que là ça y est la crise sort !!!
    – je change de pièce pour m’isoler, parfois en laissant la crise sortir par des larmes.
    – quand mon compagnon est là aussi et que je sens que je ne vais plus en pouvoir, je lui passe le relais et m’isole un moment.

    Et puis en amont, en ce moment je joue avec ma fille de 2 ans, au jeu des émotions. De sa demande et sa créativité, elle me demande de jouer « la colère » (son préféré) le pleure (son 2eme préféré) et j’ai proposé la joie en plus. On joue à cela dans des moments où tout est apaisé. Je pense que ça va aider ma fille à mettre les mots sur les différentes émotions, et du coup nous aider pendant ces moments de crises…

    • Merci pour ces idées !

      Concernant le journal des EJE, ce serait avec grand plaisir que je le ferai, il faut que je les contacte pour savoir s’ils sont intéressés ;-).
      Je pense que la relation aux parents s’apprend et que les professionnels en relation avec les parents ont souvent besoin d’acquérir les compétences liées à cette relation.

  2. Comme solutions pour prévenir la maltraitance, on pourrais proposer aux jeunes parents (et ceux en devenir), une formation sur la « psychologie » / « développement du cerveau » d’un bebe ! Ou pourquoi pas dans les lycées, les jeunes sont souvent plus ouvert que les adultes qui croient tout savoir.

  3. C’est clair, diaboliser les adultes maltraitants (ceci inclut les personnes qui ont des tendances pédophiles), c’est les empêcher de verbaliser, et demander de l’aide. En faire des monstres hors de notre portée nous empêche aussi d’être vigilant avec des personnes de notre entourage que nous aimons mais, qui, un jour, peuvent déraper. Reconnaître que l’adulte maltraitant est en souffrance, est un pas immense dans la prévention.

  4. Bonjour Sandrine,

    Encore une fois merci pour cet article qui laisse matière à réfléchir… Je suis maman et éducatrice de jeunes enfants et il m’arrive d’être face à des situations difficiles avec les parents et bien souvent, je me rends compte que ce que j’ai « appris » en formation c’est un peu léger… Si j’arrive à apporter une réponse aux parents, c’est en partie grâce à mes lectures ou a des personnes comme vous, qui tenez un blog et qui partageait vos connaissances et votre expérience. Il serait intéressant d’intervenir dans les centres de formation (petite enfance, IUFM, etc ….) afin d’y apporter votre vision pragmatique de la relation parent/enfant

  5. Je partage globalement cette analyse, en particulier les 2 premiers points, et je pense que malheureusement, on a besoin d’un changement culturel de notre façon de voir les enfants, et pas uniquement de professionnels mieux formés; Même si la formation des professionnels participera au changement culturel évidemment.
    Je suis travailleur social formé récemment, et j’étais déjà parent lorsque j’ai suivi ma formation (on n’était que 3 sur 40 à être dans ce cas), et déjà sensibilisée à l’approche ENV etc. Ce qui m’a frappé pendant la formation sur les questions d’éducation, de psycchologie de l’enfant, ou de comment aborder la protection de l’enfance en général, ce n’est pas le contenu de notre formation, c’est l’incapacité générale des étudiants à recevoir ce contenu qui bouscule trop notre vision des enfants, de l’éducation, etc. Qui nous renvoie à comment nous avons été éduqué, et à la difficulté de reconnaitre la violence éducative ordinaire dans une société qui effectivement « pathologise » les parents maltraitants, ce qui rend plus difficile de reconnaître qu’on a pu soi-même être maltraité.
    Nous avions une formatrice qui nous parlait d’Alice Miller, et qui avait en retour une classe entière qui lui répondait « oui, mais bon une bonne fessée n’a jamais tué personne ».
    Et à ce compte-là, évidemment l’intervention professionnelle auprès des parents est biaisée, parce qu’on a tendance à être dans la recherche de signes de « pathologie » qui expliquent la maltraitance, et parce qu’on promeut l’idée de « donner des limites » à tort et à travers (à ce sujet, j’ai lu il y a qq mois un article très intéressant dans les Actualités Sociales Hebdomadaires qu’il faudrait que je retrouve…).
    Perso, plus ça va plus je pense que ça pourrait avoir du sens d’avoir une loi anti-fessée si elle était accompagnée de messages de promotion d’une autre vision de l’enfant qui permettent un changement profond de culture éducative. Parce que c’est cela qui a mon sens explique le zéro mort d’enfant par maltraitance en Suède, plus que l’interdiction de la fessée stricto sensu.

  6. Merci Sandrine pour votre article, que j’approuve.
    Pourriez vous développer un tout petit peu ce point, car je ne suis pas sure de bien comprendre :

     » : les approches qui sous-tendent les accompagnements proposés sont soit irréalisté, soit prétentent avoir l’ultra-solution, cette solution parfaite qui, si elle est appliquée parfaitement, permettra de résoudre tous les problèmes d’éducation. »
    Merci d’avance

    • Je parle notamment d’approches comme la communication non violente qui peuvent laisser sous-entendre que tous les problèmes peuvent se résoudre en étant au clair sur ses émotions et sur ses besoins et en les communiquant à l’autre.
      Ce n’est déjà pas vrai dans le couple et ça l’est encore moins avec les enfants.

      Ces approches fournissent d’excellents outils et une vision des choses qui changent la relation et la rendent généralement plus positives. Cependant elles ne sont pas LE truc qui va changer le monde ;-).
      L’écoute et l’expression des sentiments par exemple peuvent renforcer certains problèmes.

      Comme je le dis souvent, on peut très bien enfoncer un clou avec une pince.

  7. Au niveau des solutions très concrètes :
    – une prévention (bienveillante) sur la difficulté parentale avant l’accouchement
    – quelques pages dans le carnet de santé sur le développement psycho-émotionnel du jeune enfant (voire l’enfant et l’ado..;)
    – un numéro d’appel national anonyme

  8. Bonjour Sandrine,

    Tout d’abord, merci pour tes articles, je les lis chaque fois avec beaucoup d’intérêt et il m’éclaire très souvent !

    Dans ton dernier commentaire, tu écris : « L’écoute et l’expression des sentiments par exemple peuvent renforcer certains problèmes. » Là, ma curiosité monte subitement d’un cran ! En effet, je suis animatrice Faber et Mazlish et cette méthode va beaucoup dans le sens de l’écoute et de l’expression des sentiments. Néanmoins, avec mon fils (presque 6 ans), cette approche n’a pas eu l’air de fonctionner car plus j’essayais d’être à l’écoute et surtout de reformuler, plus il se mettait en colère. Cette période est passée mais j’aimerais vraiment que tu développes un peu plus ta phrase car j’ai bien eu l’intuition que, des fois, ça ne faisait qu’empirer les choses, mais je ne suis pas allée plus loin…
    Merci d’avance pour ta réponse !

    • Avec l’écoute, on peut quand même faire passer à l’enfant le message que nous attendons de lui qu’il se calme, qu’il gère ses émotions de telle ou telle façon. S’il n’y arrive pas, il va alors se culpabiliser et commencer à avoir peur de ses émotions qui risquent de le conduire à se comporter d’une façon non adéquate selon ses parents. Cette peur va alors lui faire perdre ses moyens et il va avoir de plus en plus de débordements émotionnels.

      Plus il y a des débordements, plus on pratique l’écoute, plus l’enfant reçoit le message « tu ne gères pas tes émotions de façon adéquate » et plus il y a des débordements.
      Une seule règle : il n’y a pas de bonne façon de faire quelque chose qui ne marche pas.

      J’en avais parlé dans l’article « comment fonctionnent les enfants ? » : http://blog.scommc.fr/comment-fonctionnent-les-enfants/

  9. Je voudrais compléter ce texte par une piste à exploiter pour faire cesser la maltraitance lorsqu’elle est malheureusement installée dans un foyer : celle de l’observation de l’enfant.
    La maltraitance, le manque affectif se lisent sur le visage d’un enfant, il est triste, apathique, son regard est ailleurs, les mimiques de plaisir sont peu nombreuses… La curiosité, l’émerveillement, la spontanéité ne font pas partie de lui.
    Un enfant maltraité physiquement et/ou psychologiquement présentera un comportement anormal et quelques symptômes révélateurs de son mal-être qui ne peuvent pas échapper à l’adulte. L’enfant n’a pas le vocabulaire pour dire sa souffrance, il l’exprimera autrement, c’est-à-dire par des conduites inadaptées pour attirer l’attention sur lui.
    À partir du moment où l’adulte a repéré cette souffrance, il ne devrait avoir qu’un objectif : obtenir la confiance de l’enfant, l’inviter à parler et recueillir ses confidences pour agir.
    Nous avons été des enfants maltraitées physiquement et psychologiquement par notre mère, mes deux sœurs et moi, suite au divorce de nos parents. L’absence de mon père et le manque d’amour de ma mère me rendaient profondément triste. Je volais des bricoles et j’agressais les passants, je me suis isolée dans un monde intérieur, sur le plan scolaire j’ai eu des difficultés dans les apprentissages fondamentaux par absence de concentration, etc. Les adultes disaient que j’avais un drôle de caractère, une enquête sociale a révélé que je n’aimais pas l’effort et que ma sœur Chantal qui rencontrait les mêmes difficultés scolaires que moi (devenue infirmière-chef dans un grand centre hospitalier), était limitée intellectuellement. Voilà comment on se débarrasse de la souffrance d’un enfant, on l’enferme dans le silence et on aggrave la maltraitance à son égard pour le plier aux règles établies et obtenir de lui de meilleurs résultats.
    Un très grand nombre d’enfants devenus adultes gardent le silence sur la maltraitance qu’ils ont subie. Ils ont honte d’en parler et ils savent qu’à notre époque encore, beaucoup pensent qu’ils l’ont bien méritée. Révoltée d’avoir été contrainte de vivre cette enfance-là, j’ai refusé de me taire, j’ai dénoncé la violence subie dans un livre, apportant ma toute petite “pierre à l’édifice” dans la lutte contre la maltraitance et le déni autour.
    Sylvie Hippolyte

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