La bienveillance, ça n’existe pas !

Je suis très souvent sollicitée pour donner mon avis. Et les questions qu’on me pose ressemblent à ça :

« Est-ce bienveillant de faire comme ça ? »

« Quelle est la façon bienveillante pour obtenir tel ou tel résultat ? »

« qu’est-ce qui est le plus bienveillant : ça ou ça ? »

Questions que vous vous êtes surement déjà posées aussi hein :-). A chaque fois, à l’intérieur de moi, ça fait …

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Et à chaque fois, j’ai envie de répondre :

« You know what ? la bienveillance, ça n’existe pas ! »

You know what ? La bienveillance, ça n’existe pas !

La bienveillance, c’est beau, c’est bien … Mais de quelle bienveillance on parle là exactement ?

Déjà bienveillant pour qui ?

Le parent, l’enfant ? Les gens qui regardent autour ? Le psy scolaire ? L’instit ?

Il y a des spécialistes qui rédigent le code de la bienveillance ? Genre ça, c’est bienveillant la bienveillance n'existe pas, citation : "si je me considère comme observateur extérierieur, grâce à mon indépendance, je peux dire aux autres comment ils doivent penser et agir. C'est l'origine des codes moraux. Si je me considère comme participant active dans le drâme de l'interaction mutuelle, je peux seulement me dire à moi-même comment penser et agir. C'est l'origine de l'éthique." - H. Von Foersteret ça, ça ne l’est pas. Sérieusement ? Comme un manuel, un code de bonne conduite ?

La bienveillance, est-ce vraiment appliquer un code sans réfléchir ? 

E puis, les codes moraux et les manuels ne sont rassurants qu’en apparence. Ce serait tellement chouette de savoir qu’on peut appliquer une recette les yeux fermés et être sûr que ça va marcher. Mais quand j’ai bien suivi la recette, si ça ne marche pas, je vais droit à l’échec en continuant à appliquer des conseils qui ne marchent pas. Et quand je suis en échec, je suis tout sauf bienveillant-e !!!

Autre chose encore : Nos notions de la bienveillance sont variables, dépendent de notre sensibilité personnelle, de notre histoire, de nos valeurs, de la personne concernée … et de tout un tas de facteurs. Pour moi, la seule personne qui peut déterminer si vous êtes bienveillant ou pas, c’est l’enfant. Pas vous, ni personne d’autre.

Mais ça pose aussi la question suivante : bienveillant, à quel terme ?

L’enfant est le seul à pouvoir dire s’il vit votre relation comme bienveillante. Mais il n’en est pas capable tout de suite sur le moment. Quand je dis non à mon fils de 9 ans, sur le moment, il me trouve méchante. Mais après coup, 5 minutes après, ou bien 1 h après, ou bien le lendemain, ou un mois plus tard il me trouve la plus gentille des mamans globalement. Et il reconnait que sa réaction a peut-être été trop vive sur le moment, à cause de ses émotions débordantes. Ou qu’il n’avait pas compris tous les tenants et les aboutissants de ma demande. Et même quand je lui ai crié dessus  – oui ça m’arrive, comme à TOUT LE MONDE (même ceux qui essaient de vous faire croire aux Bisounours) – il sait relativiser et prendre du recul.

Alors bienveillant à quel terme ? Dans 5 minutes, dans  1 an, dans 10 ans ? Je ne vois pas comment répondre à cette question …

Et puis, nos interprétations jouent aussi. Nous réinterprétons sans arrêt nos souvenirs à la lumière du présent. Quand notre façon de voir un comportement change, nous lui donnons une autre couleur. Ainsi, je peux avoir vécu comme maltraitant un comportement. Puis à la lumière de nouvelles informations (sur le contexte, sur la façon dont l’autre vivait les choses, …), soudain comprendre que ça ne l’était pas. Et changer complètement mon interprétation et mon vécu. Les souvenirs sur lesquels nous ne revenons, nous les oublions. Les souvenirs sur lesquels nous revenons, nous les transformons sans arrêt. Donc bienveillants selon quel point de vue, à quel moment de la vie ???

Et encore, quelle part de bienveillance devons-nous avoir ? Toutes nos interactions avec nos enfants doivent être bienveillantes ? Ou une partie « moins bienveillante est tolérée ? Quel pourcentage de nos interactions doit être « bienveillant » pour que nous puissions prétendre au titre de « parent bienveillant » ? 100 %, 99% ? 80 % ? Qui décerne le titre de « parent bienveillant » ?

Et puis bienveillant dans quel contexte ? Lorsqu’on a été à l’écoute des émotions d’un enfant mais que rien ne change, est-il bienveillant de poursuivre dans cette voie, quitte à ne pas aider l’enfant à changer, quitte à l’enfermer dans sa problématique ?

Et ça, c’est bienveillant ou pas ?

Par exemple, Marie est très à l’écoute des émotions de Mattéo, son enfant de 6 ans, très anxieux. Elle y est attentive, ils en discutent, ils font des exercices sur les émotions. Et le soir quand il la rappelle pour la 5e fois, elle y va gentiment, tranquillement, lui fait exprimer ses angoisses puis retourne se coucher. Mais rien ne change. Et même il est de plus en plus anxieux.

Est-ce bienveillant ou pas de continuer à écouter les émotions d’un enfant même s’il angoisse de plus en plus ?

Alors, sur mes consignes, l’ayant prévenu qu’elle ne viendra plus, elle répond simplement fermement – et un poil énervée – depuis son lit : « On est là ! Il n’y a aucun danger. Maintenant, ça suffit, tu dors !!!« .

Est-ce bienveillant ou pas de couper court à l’écoute aussi brutalement ? Pourtant, il dit « oui d’accord » calmement, se tait et s’endort quasi instantanément. Pour ne plus jamais appeler à l’aide le soir et voir son anxiété globale baisser rapidement dans les semaines qui suivent (amélioration qui se poursuit à ce jour)

Ou encore, Lisa, petite fille de 5 ans qui fait des crises de panique à chaque fois que sa mère quitte son champ de vision. Sa maman tient compte de ses angoisses : elle la prévient systématiquement de ses absences : « je vais à la cuisine ma chérie. Tout va bien.« . Pourtant, la fillette continue de paniquer.

Est-ce bienveillant ou pas de continuer à aménager son comportement pour chercher à éviter les crises de panique de l’enfant ?

Sur ma suggestion, la maman dit à sa fille « Tu vas paniquer encore de nombreuses fois. Ce n’est pas grave« . Elle cesse de la prévenir de ses absences et part même sans la prévenir plusieurs fois par jour. Exprès. Et dit après les crises de panique « ah ben oui ma chérie, je t’avais dit que tu allais paniquer. C’est pénible, mais c’est comme ça. »

Est-ce bienveillant ou pas de ne plus adapter son comportement à l’enfant et de le laisser vivre ses crises sans aide ? Et pourtant, dès le premier jour, sa fille hurle horriblement alors que sa mère est aux toilettes. Puis elle se calme … Et quand sa mère revient dans le salon, tout va bien. La maman, curieuse demande alors innocemment « il me semblait avoir entendu pleurer tout à l’heure …« . Sa fille répond tranquillement (mais en mentant éhontément) : « c’est mon petit frère qui a pleuré. » … et ne pleure plus depuis.

Catherine a du mal avec son grand de 19 ans, qui vit encore à la maison. Il ne range pas sa chambre. Mais alors pas du tout. Et l’hygiène y est plus que déplorable. Elle a tout essayé : l’inciter, le punir, … Et puis tout le monde lui a dit « lâche prise ! C’est sa chambre, son intimité ». Donc depuis plusieurs années, elle tente tant bien que mal de lâcher prise. Mais malgré sa bonne volonté, elle finit régulièrement par exploser de colère. Elle hurle sur son fils et sur tout le reste de la famille.

Est-ce bienveillant ou pas de continuer à tenter de lâcher prise, sans y parvenir, pour finir par exploser de colère ?

Je lui propose de manipuler son fils en lui disant : « je ne te demande plus de ranger. Je vois bien que ça n’est pas ton truc. Alors je vais le faire à ta place, ne t’inquiète pas. Ca m’évitera de m’énerver. » Ensuite, elle doit ranger la chambre chaque jour … en prenant bien soin de déplacer les objets, de les mélanger, de les remettre dans des endroits inappropriés. J’ai bien en faisant EXPRES de ne pas replacer les choses au bon endroit. « Il déteste qu’on touche à ses affaires ! Ca va l’énerver » me répond-elle. Et c’est bien sur quoi je compte. Alors oui, pour Catherine, cette manipulation a un petit arrière goût de vengeance. Comme une façon de se rattraper de ces années où il lui en a fait voir de toutes les couleurs avec son absence de rangement.

Est-ce bienveillant ou pas de manipuler son enfant de cette façon ? Pourtant, exaspéré de voir son espace envahi et son (absence de) rangement non respecté, le jeune se met dès le 3e jour à ranger le strict minimum pour éviter que sa mère ne pénètre dans son intimité. Elle respire, elle est plus zen … et leur relation s’améliore grandement.

Thomas – 10 ans – refuse de faire ses devoirs. Il est en échec scolaire, les devoir sont une souffrance. Sa maman ne veut évidemment pas lâcher le morceau. C’est son avenir qui se joue. Alors son devoir de parent, c’est de ne pas le laisser s’enfoncer dans le découragement. Elle cherche les moyens les plus ludiques et agréables pour accompagner les devoirs. Ca finit malgré tout en crise tous les soirs au bout de longues minutes (et même heures) d’effort. C’est bienveillant ou pas de continuer à essayer d’aider un enfant malgré les échecs ?

Je lui suggère de totalement lâcher prise. Suggestion qu’elle accepte, soulagée. Elle écrit un mot à l’instituteur lui disant que son fils ne fera plus de devoirs à la maison (mot qui a été très favorablement reçu). Elle en parle à son fils en lui disant qu’elle  ne souhaite plus se polluer la vie avec les devoirs. Le sujet du travail scolaire n’est plus abordé à la maison.

Est-ce bienveillant ou pas de complètement laisser tomber un enfant en échec ? Pourtant, dès le lendemain, la relation entre eux est carrément apaisée : beaucoup moins de conflits sur de tout autre sujets – lavage de dents, rangement, etc – et de bons moments passés ensemble. Et 1 semaine plus tard, Thomas exprime timidement à sa mère son souhait d’essayer « quand même » de faire ses devoirs, même si c’est dur. Il lui demande même d’être là, avec lui, juste pour le soutenir. Mais il fera tout seul précise-t-il.

On peut multiplier les exemples à l’infini. Aucune de ces attitudes n’est à ériger en modèle. Pourtant toutes ont été adaptées et donc bienveillantes à un instant t, dans une situation données.

Alors comment définir ce qui est bienveillant ou pas ?

Comment définir ce qui est bienveillant ou pas ?

La bienveillance n'existe pas

La bienveillance est un savant équilibre de facteurs multiples. Il n’y a pas qu’un seul critère qui compte ! La bonne intention ne suffit pas ; l’adéquation au manuel du parfait parent bienveillant non plus.

Les résultats comptent aussi ! Je le dis et je ne le répéterai jamais assez : il n’y a pas de bonne façon de faire quelque chose qui ne marche pas.

Encore autre chose : je travaille en entreprise avec un partenaire spécialisé sur la bienveillance et l’éthique dans le management (Nicomak pour ne rien vous cacher). L’éthique se travaille souvent avec des dilemmes : chaque situation est différente et il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse aux dilemmes posés. La réponse dépend de chacun, du contexte, de la personne qu’on a en face de soi.

Il n’y a pas d’attitude éthique ni bienveillante dans l’absolu. Simplement une responsabilité individuelle aux conséquences de nos actes, pas à pas, acte après acte.

Ce n’est pas une manière de se dédouaner de toute responsabilité et de dire « je fais ce que je veux, rien n’est bienveillant de toute façon« . C’est, au contraire, une manière de se responsabiliser : personne n’est aussi bien placé que vous pour être attentif à l’impact sur l’enfant de ce que vous faites. Personne ne devrait se poser ces questions à votre place !

Alors, plutôt que « Est-ce bienveillant ou pas ?« , voici quelques questions beaucoup plus intéressantes à se poser :

  • Comment le comportement en question de l’enfant évolue-t-il à moyen/long terme ? Ce que je fais fait évoluer les choses dans le bon sens ou pas ? Je ne peux pas être bienveillant-e si le problème perdure, voire s’aggrave.
  • Comment évolue ma relation avec l’enfant à moyen/long terme ? L’enfant se sent-il respecté et entendu ? A-t-il la possibilité de dire ce qui ne va pas dans votre relation sans se faire gronder, envoyer paitre ou s’entendre dire qu’il a sa part de responsabilité dans le problème ? Si la relation se dégrade globalement, je ne suis probablement pas bienveillant-e.

Si vous répondez non à l’une ou l’autre de ces questions, il est temps d’imaginer une autre façon de faire 🙂 … Et peut-être de vous faire aider si ça dure depuis longtemps.


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La bienveillance n’existe pas : pour aller plus loin

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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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22 pensées sur “La bienveillance, ça n’existe pas !

  • 11 septembre 2017 à 07:15
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    Tes articles sont toujours de vraies mines d’or ! J’apprécie toujours énormément tes éclairages sur la communication. Je pense que comme beaucoup de gens qui se tournent vers la bienveillance, il y a toujours une envie d’être « le bon élève » et d’appliquer correctement ce qu’on considère comme étant une voie idéale de communication. Mais cette envie de perfection peut nous couper au final de la situation puisqu’on aura tendance à porter notre attention sur la réussite du processus en lui-même plutôt que sur les interlocuteurs en question.
    Merci Sandrine pour tes articles, passe une bonne semaine =)

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  • 11 septembre 2017 à 09:17
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    Encore un article qui nous permet de nous interroger, d’avancer dans notre réflexion de parents. Merci Sandrine !!

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  • 11 septembre 2017 à 09:37
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    Que dire de plus 😉 c’est pour ça que j’ai du mal à écrire de nouveau sur mon blog. Car souvent les exemples – qui sont uniques en terme de contexte, de relation, d’interactions, d’enjeux… – peuvent être pris comme « la bonne attitude à avoir ». Sauf qu’elle a été cette attitude adaptée à ce moment-là, dans cette relation-là, dans ce contexte-là ! Et j’ai pas encore trouvé comment exprimer tout ça. Même dans les formations en fait… du coup j’aime te lire à chaque fois car tu sais mettre des mots et une densité sur ce que j’ai du mal à formuler et qui me paraît pourtant so évident. D’ailleurs je me suis moi même perdue dans ce gloubiboulga de pseudo bienveillance (en tant que maman en tous cas car j’avais bien trouvé ma place en tant qu’educ) et bien heureuse je suis de m’être réveillée. J’ai pu redevenir moi et lâcher la pression quand j’ai accepté de lâcher prise et de lâcher le contrôle. Alors j’ai ressenti moins de pression. Et alors j’ai moins crié. Sachant que c’est aussi contextuel et que tout n’a pas à voir avec la relation parent-enfants quand je m’énerve sur eux.

    Un plaisir comme toujours de te lire en tous cas 😉

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    • 11 septembre 2017 à 16:32
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      Merci Elodie <3 !
      En tant qu’éduc, il y a une certaine distance. Même s’il y a de l’affect, il n’est pas du même ordre et du même niveau qu’en tant que parent.

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  • 11 septembre 2017 à 09:42
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    Merci pour cet article.
    Juste après la rentrée, le CP, un Petit Lutin un peu (beaucoup ?) paumé, ça fait du bien à lire qu’il n’y a pas UNE méthode universelle à appliquer. Je vais laisser infuser tout ça, merci !

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  • 11 septembre 2017 à 10:05
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    Bravo pour cette mise en mots très pertinente !

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  • 11 septembre 2017 à 10:49
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    Merci pour ce nouvel article pertinent. Bonne semaine à toi.

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  • 11 septembre 2017 à 11:27
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    Cet article me conforte dans la notion primordiale d’INTENTION et de comportements réfléchis, nécessitant une progression et un/des objectif/s à atteindre à plus ou moins long terme. Je dirais que ce qui m’anime chaque jour avec mes enfants c’est la notion de ne pas nuire (Primum, non nocere). Reparler de ce qui s’est mal passé entre nous (sans chercher à convaincre), s’excuser parfois, préserver et nourrir le lien chaque jour, un chemin difficile mais passionnant !

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    • 11 septembre 2017 à 16:31
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      L’intention est parfois un piège : on peut ne pas être bienveillant avec les meilleures intentions du monde. D’ailleurs les parents que je reçois sont tous animés des meilleures intentions du monde à l’égard de leurs enfants 🙂

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  • 11 septembre 2017 à 12:18
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    Merci, Merci, Merci !!!! Vous venez d’égayer ma journée et de retirer un lourd poids de mes épaules !!!

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  • 11 septembre 2017 à 13:19
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    Merci pour cet article que je trouve très pertinent et qui devrait intéresser je pense des personnes qui se tournent vers « l’éducation positive » ou « bienveillante ». Je prends un exemple personnel : quand mon fils, le deuxième, est très fatigué le soir, c’est un « vrai petit singe », il saute partout , il court, tombe etc…enfin c’est intenable…mais il faut le deviner qu’il est fatigué…moi je le sais parce que j’ai suffisamment observé depuis sa naissance et le coup des yeux qu’on frotte de manière subliminale , je le vois ! bref, dans ces cas là, le rituel de coucher s’allonge, prends du temps…dans ces cas là, je pourrai paraître sans pitié mais je lui dis « écoute, tu as besoin de sommeil, tu es extrêmement fatigué, je le vois, alors je te laisse dormir »…et je pars (et je regarde par le trou de la serrure, il s’endort directement, épuisé)…et bien je trouve cela bienveillant car c’est juste une torture de maintenir éveillé un gamin qui meurt de sommeil (même en croyant bien faire). Pour l’exemple de la maman avec son fils anxieux, je crois qu’en faisant ainsi, elle l’a libéré d’un poids…si ça se trouve, ce petit garçon devait se dire (inconsciemment) « bon, si maman m’écoute aussi sérieusement que ça, c’est que j’ai vraiment un problème »…(je parle un peu en connaissance de cause, mon fils ainé est anxieux mais je pense que c’est moi qui l’ai rendu un peu comme ça…en voulant bien faire…) …alors attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas écouter les gens quand ils ont un souci, mais dans un certain contexte, cela empire le problème. Pour finir, je trouve très judicieuse la conclusion de l’article.

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    • 11 septembre 2017 à 16:30
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      Oui, Sophie, c’est exactement cela : il se peut que l’enfant ait tout à fait interprété l’accompagnement comme étant la preuve qu’il avait un vrai problème :-). Merci pour ce retour 🙂

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  • 11 septembre 2017 à 14:25
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    Salut Sandrine,
    J’espère que t’es en forme.
    J’ai lu ton article et ton titre volontairement provocant m’y a incité, tu t’en doutes 😉 .
    Je crois comprendre le fond de ta pensée et ce que tu sous-entends à mon avis sur le fait que ce mot soit dénaturé, d’une part, et d’autre part que son sens soit différent selon les personnes et les situations, et qu’il empêche les gens selon toi de devenir vraiment actifs pour le changement qu’ils souhaitent voir. Je te rejoins totalement et j’ai moi-même écrit deux articles là-dessus il y a quelques temps (en voici un : http://www.perles-pacifiques.fr/2017/01/28/la-baguette-magique/ ).

    Je ne partage pas ton point de vue sur une chose importante. Les exemples que tu cites me font penser que ces personnes souhaitent changer le comportement DES AUTRES, qui selon eux est la cause de leurs tracas.
    Etre bienveillant nécessite de l’être envers soi-même en premier lieu, c’est-à-dire plein de douceur et de tendresse pour soi, je sais que tu partages ce point de vue. Penser que modifier le comportement de l’autre soit la clef pour se sentir mieux soi-même est tentant, mais pour moi illusoire. Certes « ça marche », car le jeune range sa chambre. Mais le fait-il parce que cela le nourrit ou nourrit son besoin d’harmonie avec sa famille, ou au contraire le fait-il avec un sentiment de crainte que son territoire soit piétiné ?
    Si je me sens agacée par une chambre en désordre, je peux fermer la porte et ne plus y entrer (avec les conséquences que ça a), ou je peux aussi me questionner sur cette partie de moi qui a besoin d’ordre, et peut-être découvrir d’autres pistes pour me sentir relaxée, que celle d’imposer ma façon de voir ou de faire à l’autre.

    Si on part du principe qu’on parle ici de bienveillance envers l’autre, la bienveillance n’est en effet pas présente dans les exemples que tu cites. D’une part à cause des moyens employés, mais encore plus sur la finalité: je fais quelque chose pour me servir moi, et pas l’autre, qui le pousse à changer quelque chose qu’il fait qui lui convenait jusqu’alors, quitte à le mettre en inconfort ou insécurité. Non pas en concertation multilatérale dans une volonté d’équilibre des besoins familiaux divers, mais plus ou moins à son insu (et de manière que je considère moi lectrice, comme violente), dans le but d’obtenir un résultat (arrêt des pleurs par exemple) sans considérer les dégâts causés, pas forcément visible, surtout si l’enfant n’a plus le droit implicitement de s’exprimer sur ses angoisses parce que ça fait plaisir à maman qu’il se taise.

    J’aime la définition de la bienveillance faite par le philosophe Hutcheson: « Une affection qui vous porte à désirer le bonheur de notre prochain ». Donc certes, forcer quelqu’un à faire quelque chose pour lequel il n’a pas de demande, d’envie ou de besoin, à ses fins personnelles n’est pas de la bienveillance. Trouver comment aider un enfant angoissé, je cautionne, se protéger quand on n’en peut plus soi-même, je cautionne en standing ovation :D, mais être heureux du résultat de l’arrêt des pleurs en voyant ça comme une victoire, je ne cautionne pas. Le corps se charge bien des années plus tard de s’exprimer à sa place, et il est souvent trop tard pour y faire quelque chose.

    Parce que les personnes que tu cites ne l’utilisent pas, cela ne veut pas dire que la bienveillance n’existe pas. Fort heureusement, certaines personnes font ce choix, tout en marchant en équilibre pour l’être envers soi-même aussi et vivre le moins possible de conflits de pouvoir ou d’intérêts, en privilégiant une profusion d’outils respectueux pour soi et pour l’autre.

    Une bise Sandrine. A bientôt. 🙂

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    • 11 septembre 2017 à 16:29
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      Le seul problème est que notre tête ne commande pas à nos émotions. Je peux réfléchir pendant 10 ans à « qu’est-ce qui est touché en moi ? » et ne pas trouver la réponse. Ou bien trouver une réponse qui ne change pas mon émotion. C’est le cas de la maman du jeune adulte. Elle a tenté le lâcher prise pendant plusieurs années. Mais ses émotions l’ont toujours rattrapée bien malgré elle. Ce qui est le cas dans la plupart des cas.
      Dans ce cas, doit-on continuer à s’interroger quitte à dégrader la relation ou bien doit-on changer son fusil d’épaule pour retrouver une relation sereine et équilibrée ?

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      • 11 septembre 2017 à 22:14
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        Trouver la réponse à « qu’est-ce qui est touché en moi » n’est en effet pas simple parfois et c’est justement ce cheminement difficile qui permet souvent d’aller au fond du problème et d’espérer entrevoir la clef. Il y a de bons outils pour ça, qui iront plus vite qu’en dix ans ;). La réponse à cette question ne change pas l’émotion en effet, elle permet de trouver l’émotion et de comprendre quel besoin important a été bafoué.

        Je ne connais pas les détails du cas de cette maman, mais il ne s’agira pas forcément de devoir « lâcher-prise »… au contraire… ça peut être bien plus pertinent, je pense, de mettre le projecteur bien fort sur ce qui la dérange exactement. Car à mon avis, si ses émotions la rattrapent c’est qu’elle n’a pas su encore les définir suffisamment bien pour trouver quel est son besoin derrière, quelle est/sont les valeurs importantes pour elle qui doivent trouver leur meilleure place pour se sentir soulagée.

        Je ne suis pas sûre, mais tu me diras si t’as pu avoir le fils et son sentiment, que la relation soit meilleure parce que son fils range sa chambre de peur que sa mère empiète sur son territoire personnel. Je me dis qu’il y a des chances que la relation devienne pleine de méfiance, de perte de confiance, de repli sur soi, et de rancoeur.

        La relation équilibrée, pour moi, ne s’obtient pas en obligeant l’autre à faire ce qui nous fait sentir mieux, mais plutôt en cherchant de nouvelles solutions pour que l’un ET l’autre se sentent bien, d’un commun accord.

        En tout cas je suis heureuse de savoir que cette maman va mieux.
        Merci pour ces discussions, bonne continuation à toi Sandrine !

        Répondre
        • 12 septembre 2017 à 13:26
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          Sauf que la mère et l’enfant n’étaient pas dans la peur mais dans la colère :-).
          Et que cette intervention a permis de passer d’une relation tendue et dégradée à une relation amicale et sereine. Comme si la mère avait dit à son fils  » tu peux me jouer des tours pendables, mais moi aussi je peux te le faire 😉 … on est quittes 😀 » … et que cela avait aussi pour que le fils change son comportement.

          PS : ce qui la gênait le plus c’étaient les cafards 🙂

          Répondre
          • 13 septembre 2017 à 00:30
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            « De peur que » ;), c’est une expression. Oui je comprends aisément que la colère soit là dans un sens comme dans l’autre.
            Ici y a eu …des vers (nourriture laissée sur son bureau trrrès longtemps dans un sac, mon compagnon avait même fini par coller dessus une étiquette « radioactivité » mais mon fils ne réagissait pas). J’ai voulu voir combien de temps il tiendrait sans vider le sac, ben je crois qu’il s’en souviendra longtemps, du nettoyage des boîtes tupper… 😛

  • 11 septembre 2017 à 14:49
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    Alors ça… quand je pense que la psy m’a dit « Avec votre Ado, ce serait bien d’être plus mieux bienveillante… »
    J’ai pensé qu’elle voulait dire « plus indulgente, plus souple, moins chiante, moins maman et plus copine ».
    Ben, j’peux pas!!
    Par contre, pour le Nain qui s’échine à s’enfermer dans des habitudes et des rituels, je fais exprès de le contrarier, et vous avez bien raison, ça marche du tonnerre!!!
    Allez, on y retourne… Merci pour tout.

    Répondre
  • 11 septembre 2017 à 21:07
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    Je dois dire qu’au début de l’article, j’étais un peu sur la défensive. « Oui, bien sûr, ça dépend des gens, mais ça ne veut pas dire que la bienveillance n’existe pas ! » Parce que dans le fond, on peut dire ça de plein d’autres choses. En fait, tout dépend du point de vue, ça ne veut pas dire que la générosité, que l’honnêteté, par exemple, ça n’existe pas.
    Mais, te connaissant, et appréciant tes articles, je me suis laissée porter. Et je comprends ton raisonnement. J’aime le fait que tu encourages à la réflexion. La recherche de l’équilibre est difficile.

    Je crois quand meme à la bienveillance. Pas à la perfection, on est d’accord. Mais à la bienveillance. Pour moi, cela se traduit par un changement de regard : présupposer que les intentions sont bonnes, plutôt que mauvaise. Cette perspective-là change tout au lien avec l’autre. Et c’est à partir du lien qu’on grandit.

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  • 12 septembre 2017 à 10:06
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    Bonjour

    Je pense qu’on arrive enfin à l’étape de réflexion sur la bienveillance, comme on l’a eue dans d’autres domaines.

    Je lisais qu’il existe trois étapes pour chaque changement, et la seconde est le rejet.
    Nous sommes en plein dedans :
    juste avant, nous avions un engouement majeur, et aujourd’hui, nous nous posons enfin les vraies questions.

    Donc plusieurs personnes vont dire : non ça n’existe pas, même si au final vous montrez qu’elle existe.
    Ce n’est pas parce que l’on va frustrer notre enfant que nous ne sommes pas bienveillant.

    Nous voulons le bien de notre enfant : si on ne cherche pas juste à décharger nos émotions sur nos enfants, nous sommes bienveillants.

    Arrêtons de casser ce mot : la bienveillance. Il existe, et heureusement on peut être bienveillant.

    Après, une fois que le mal est établi, mieux vaut passer par une phase d’électrochoc plutôt que changer vers la bienveillance directement. Ca peut aider. Et c’est dont vous parler dans l’histoire avec la maman et son enfant.

    Etre bienveillant si on n’est pas serein nous-même les parents, ça sert à rien, c’est du pipi de chat.
    Et en plus, ça va faire plus de mal que de bien.

    Un outil mal utilisé ne prouve pas qu’il est mauvais 🙂

    Au plaisir
    Evan

    Répondre

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