Emission Entre Nous sur les troubles DYS : comment accompagner un enfant en difficulté ?

logo Bugey RadioL’édition du 26 janvier 2015 de « Entre Nous » portait sur les troubles DYS, et notamment la dyspraxie.

J’y accueillais Mélanie, maman d’un enfant dyspraxique et auteure du blog Fantadys, ainsi que sa maman, enseignante en retraite et co-auteure du blog.

Vous pouvez réécouter l’intégralité de l’émission, diffusée originellement sur Bugey Radio ici :

L’émission est complète sur différents aspects. Je vous invite à vous l’écouter pour tout ce qui concerne la spécificité des troubles dys – notamment la dyspraxie – et le diagnostic : comment le faire, vers qui se tourner, à quoi sert le diagnostic, etc.

Dans cet article, je voulais simplement aborder la façon dont les enfants en difficulté – qu’ils aient été ou non diagnostiqués – peuvent être accompagnés à la maison et à l’école. Ces éléments sont très importants car les difficultés émotionnelles que rencontrent l’enfant peuvent l’amener à rejeter le diagnostic ou l’aide proposée. Et parfois même, ces aides peuvent renforcer les difficultés vécues par l’enfant. Nous l’avons abordé dans l’émission mais c’est sur cet aspect que je voulais revenir plus particulièrement.

Etre dyspraxique, c’est quoi ?

Le cerveau d’en enfant dyspraxique a des difficultés à gérer les informations et à les coordonner.

Dans l’émission, Mélanie et moi parlons de se servir un verre d’eau. Pour la majorité des gens, ce geste est simple et ne demande que peu d’efforts et pas de réflexion. Il se fait automatiquement. Pourtant il requiert un traitement d’informations très complexes et la coordination de gestes avec la vue. Pour se servir un verre, il faut par exemple se saisir de la carafe, ce qui suppose de :

  • évaluer correctement la distance main – carafe pour déplacer le bras ni trop loin ni trop près (estimation faite par notre cerveau de façon automatique en fonction de notre expérience passée et de ce qu’il perçoit à l’instant présent))
  • coordonner la vue avec la main avec la vue pour ouvrir la main au bon moment autour de l’anse
  • évaluer correctement le poids que fait la carafe (estimation faite par notre cerveau de façon automatique)
  • coordonner l’estimation du poids avec le geste pour soulever la carafe à la bonne vitesse
  • évaluer correctement la distance entre la carafe et le verre (estimation faite par notre cerveau de façon automatique)
  • coordonner l’estimation et le geste

et ainsi de suite.

Pour le dyspraxique, les estimations sont moins automatiques que chez la plupart des gens (ou moins fiables) et la coordination se fait moins facilement. Ainsi tous ces gestes du quotidien demandent au dyspraxique une réflexion supplémentaire qui n’est pas nécessaire chez vous et moi (sauf si vous êtes dyspraxique 😉 …). Comme l’explique Mélanie dans l’émission, imaginez-vous faire tous vos gestes du quotidien avec des moufles et vous aurez un petit aperçu de ce que vivent les dyspraxiques.

L’enfant n’est pas maladroit ou malhabile parce qu’il ne fait pas d’efforts mais parce que son cerveau ne lui permet pas. Les gestes qui nous paraissent sans difficulté lui demandent des efforts considérables de concentration et d’attention.

Ce que vit un enfant dyspraxique sur le plan émotionnel

Un enfant dyspraxique se vit donc en situation d’échec permanent. Il voit bien qu’autour de lui les gestes du quotidien ne posent pas de problèmes et qu’ils sont faciles pour son entourage. Il se vit donc comme nul et incompétent puisqu’il rate ce qui est tellement simple pour tout le monde. L’enfant n’a pas le recul au début pour comprendre que s’il rate, ce n’est pas de sa faute, c’est parce qu’il n’a pas les compétences pour réussir.

Cette partie émotionnelle est primordiale car elle peut jouer un rôle très important dans la façon dont l’enfant vit les choses et apprend.

En effet, la sensation d’échec s’accompagne généralement d’une culpabilité. Les accompagnements proposés peuvent ainsi contribuer à renforcer cette culpabilité : chaque fois qu’il va chez l’orthophoniste, l’ergothérapeute, etc, l’enfant reçoit le message qu’il est incompétent et a besoin d’aide. Cette culpabilité, cette honte ressenties sont nuisibles aux apprentissages. Elles rendent l’enfant moins disponibles intellectuellement pour acquérir les compétences dont il a besoin (voir l’article sur le ballon émotionnel pour mieux comprendre ce point).

Ces accompagnements peuvent donc avoir un effet négatif et aller à l’encontre du but visé, ou même simplement ralentir fortement la progression de l’enfant. Des aménagements trop visibles – en classe par exemple – peuvent aussi contribuer à renforcer la stigmatisation et l’effet « tu n’es pas comme les autres » qui est très difficile à vivre. Personne n’aime être considéré comme « celui qui a un problème ». C’est humiliant et dégradant.

Cette honte ressentie par l’enfant peut amener celui-ci à refuser l’aide proposée, voir même à refuser le test ou tout simplement à rater le test en lui-même à cause du stress vécu lors du test (stress à la performance). J’en parle dans l’émission : certains enfants refusent de passer les tests

Je ne dis pas que le diagnostic ou l’accompagnement ne doivent pas être fait. Je dis que ce sont des outils qui seront beaucoup plus efficaces s’ils sont émotionnellement bien vécus. L’accompagnement émotionnel et le travail sur la confiance en soi sont donc à mon avis des préalables indispensables au travail

Comment accompagner un enfant dyspraxique autour de sa confiance en lui ?

Toute attitude qui vise à lui renvoyer la responsabilité – voire la faute – de ses échecs ne fait que renforcer la sensation d’échec.

Ainsi les « si tu veux, tu peux« , les « fais donc attention ! » ou les punitions aggravent le problème : l’enfant est déjà mal parce qu’il se sait en échec. Les attitudes qui visent à lui faire vivre une sensation désagréable pour « lui faire prendre conscience » ou l’inciter à travailler plus ne fonctionnent pas : elles sont pour lui une double peine qui ne fait que renforcer sa conviction d’être incompétent. Les attitudes punitives ne fonctionnent pas avec ces enfants.

Elles peuvent même les conduire à cesser toute tentative. La sensation d’échec est suffisamment désagréable en soi. Si elle se double d’une humiliation ensuite, l’enfant évite de se retrouver confronté à ce moment pénible et donc il n’ose plus rien tenter.

Redonner de l’autonomie à l’enfant me semble essentiel !

Consulter l’enfant, lui demander son avis sur ce qui se passe, lui expliquer les bénéfices et les risques à faire ou à ne pas faire telle ou telle démarche, c’est déjà lui envoyer le message qu’on le pense capable d’avoir un avis et de décider pour lui-même. Et c’est profondément réconfortant pour l’enfant de sentir que les adultes le considèrent comme capable.

Chaque fois que nous pouvons lui renvoyer que nous le pensons capable et compétent, nous aidons l’enfant à développer sa confiance en lui.

Complimenter de façon plus habile

Les compliments ou les encouragements peuvent aussi être contre productifs. Si on est persuadé qu’on le croie habituellement. Selon la façon dont le compliment est formulé, il peut renforcer le manque de confiance en soi. Je l’ai expliqué en détail dans l’article « complimenter, féliciter, est-si facile ? »

Valoriser et complimenter ne consiste donc pas à valoriser sans discernements et à tout prix. Dans l’émission, Mélanie explique bien la réaction de son garçon à un compliment sur son dessin : « Mais non mon dessin n’est pas beau, c’est du grabouillage. » D’où l’importance de ne pas valoriser à tort et à travers mais plutôt d’échanger avec lui et notamment de parler de comment il vit les choses.

Valider l’expérience émotionnelle des enfants

Pour ces enfants, il est particulièrement important de reconnaitre et de valider leurs expériences émotionnelles. Ils sont déjà tellement en doute par rapport à eux-même qu’ils doutent même de la validité de ce qu’ils ressentent.

Par exemple, les « Ce n’est pas grave, tu feras mieux la prochaine fois » – qui partent de l’intention bienveillante d’aider et de rassurer l’enfant – ne sont pas aidants. En effet, l’enfant est souvent intimement persuadé que, non, il ne pourra pas faire mieux la prochaine fois. Et il a alors le sentiment qu’on minimise ses difficultés et que les adultes ne se rendent pas compte. De plus, l’enfant continue à entendre dans ce message qu’on attend de lui qu’il soit conforme, qu’il fonctionne « comme il faut ». Ce dernier message est particulièrement douloureux pour les enfants qui se savent incapables d’être à la hauteur et souhaitent désespérément qu’on les aime comme ils sont.

Un « c’est dur de rater hein, on se sent tout mal à l’intérieur » compatissant leur permet déjà de prendre un peu de recul sur leur émotion. Ils sont alors plus disponibles pour réfléchir à comment gérer la fois suivante.

Paradoxalement, autoriser l’enfant à rater l’aide plus que l’encourager à réussir. C’est le même mécanisme que j’avais décrit dans « Donner confiance en lui à enfant timide »

Il est donc souvent plus habile de renvoyer à l’enfant que oui, il peut rater, que c’est désagréable de rater et qu’on comprend qu’il hésite que de l’inciter à toute force à faire quelque chose.

En résumé : remettons l’enfant au centre de sa problématique : il a besoin de se sentir compétent le plus et le plus souvent possible. Ne cherchons pas à le rassurer directement ni à trop le valoriser mais valider l’expérience émotionnelle.

D’une manière générale, ces outils fonctionnent avec tous les enfants mais ils sont particulièrement utiles – pour ne pas dire indispensables ! – aux enfants avec des problématiques particulières. Elles leur permettent de reprendre confiance, de gérer mieux leurs émotions négatives … et surtout de se sentir aimés tels qu’ils sont !

Cet article vous a plu ? Vous avez envie d’en savoir plus et de recevoir régulièrement des infos autour de ce sujet ? Alors cliquez ici !

Ressources autour de la dyspraxie

  • Sur ce blog :
  • Le blog de Fantadys est une mine d’or pour tous les parents et enseignants qui fréquentent des enfants atteints de dyspraxie. Vous y trouverez des outils pour comprendre et aider les enfants concernés. Vous y trouverez notamment les articles dont nous avons parlé pendant l’émission :
  • Le cartable fantastique de Manon : un site réalisé par une enseignante et une chercheuse en neurosciences proposant des supports et des ressources pour la classe, afin d’adapter les activités aux enfants DYS
  • Associations de soutien :
  • un article d’Emmanuelle Piquet sur le Huffington Post « Parents, résistez !« 
  • Bibliographie (si votre navigateur utilise un bloqueur de pub, il se peut que vous ne les voyiez pas car ce sont des liens sponsorisés) :
    • pour les enfants : leur expliquer les troubles, les aider à parler de leurs émotions difficiles, …

    • pour les adultes : pour comprendre comment fonctionnent ces troubles

Pour comprendre le trouble :

Pour comprendre et connaitre les adaptations possibles pour aider l’enfant :

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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