Devenir mère …

Cette photo n'est pas utilisable sans autorisation écrite de moi-même et de son auteur, Serge Forcet

En cette période de Noël où les enfants sont au coeur de nos préoccupations, j’ai eu juste envie de vous raconter un peu de ma vie, un peu de comment je suis devenue mère, un petit – grand ? – bout de moi.

J’ai choisi pour illustrer cela une photo de moi en train d’allaiter ma fille de 18 mois, alors que j’étais enceinte de son petit frère (de 2 mois).

Une photo merveilleuse … un grand moment de partage, tout un symbole de ce qu’est notre relation à ce jour … (merci à Serge Forcet pour son travail fantastique et son plaisir à jouer avec la lumière).

Alors, d’abord il y avait moi SANS enfants …

Avec mes idées reçues, mes principes :
Un enfant ne dort pas dans le lit de ses parents.
Une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne.
Il faut laisser pleurer les enfants.

Et puis … et puis j’ai été enceinte …

J’étais perdue, je ne savais pas quoi faire, ni comment. J’ai commencé à lire les livres classiques – le fameux «Laurence Pernoud» – et il s’est passé quelque chose.
Impossible d’adhérer à ce qui était écrit.
Comme un truc au fond de moi qui s’était réveillé, un truc puissant et fort qui disait juste

Non !

Alors j’ai rencontré des gens, fouiné, lu d’autres choses, surfé sur Internet, … et j’ai découvert.
Découvert autre chose, d’autres idées, d’autres points de vue.

J’ai été choquée par certaines choses, chamboulée par d’autres. Je luttais très fort :

Non mes enfants ne dormiront jamais dans mon lit.
Allaiter 6 mois, ça va ; au-delà c’est du n’importe quoi …
Porter ses enfants toute la journée, je ne suis pas une esclave !

écrivais-je en substance sur un forum Internet en 2005 …

Mais c’est la force de ma lutte qui a fait la force de mes convictions …
Plus ma fille grandissait en moi et plus je sentais venir la vague, intense, puissante, la vague qui était en train de tout changer.
Plus ma fille grandissait en moi et moins ce que j’écrivais avait de sens :

Non, je ne pouvais pas laisser mon enfant seul
Non je ne pouvais pas le laisser pleurer
Non je ne pouvais pas.
NON

Et quand mes enfants sont arrivés, j’ai fait des choix, des choix radicaux pour certains, MES choix ! Et heureusement !

Comment je suis devenue mère

Parce que j’ai vécu ce que vivent toutes les mères du monde …

Oui, j’ai pleuré d’impuissance devant mon bébé qui ne s’arrêtait pas de hurler. Je me suis sentie incapable, faible, sans ressources. Comme l’impression que ces pleurs ne s’arrêteraient jamais, comme une torture sans fin.

Oui j’ai été dévorée de désespoir devant mon incapacité à aller faire pipi ou prendre une douche avant le retour du papa à 8h du soir. Je me suis sentie impuissante, coincée, prisonnière d’une cage dont j’avais moi-même choisi les barreaux.

Oui j’ai hurlé de rage devant la chambre saccagée et les objets cassés. Je me suis sentie dévorée de l’intérieur par une hyène qui se repaissait de ma colère. La proie d’un animal intérieur que rien n’apaisait.

Oui je me suis mordu les joues au sang et je me suis cassé le pied et amoché la main pour ne pas faire du mal à quelqu’un d’autre que moi face à l’impuissance, la colère et la rage contenue.

Oui j’ai eu envie de partir loin, de tout abandonner pour aller là où personne ne m’obligerait à faire ce que je n’ai pas envie de faire, de tout planter là. Possédée par moments par l’envie de tuer quelqu’un – les autres aussi bien que moi – pour faire cesser la brûlure intense de la dépendance.

Oui je me suis sentie violente comme un animal sauvage qu’on enferme dans une cage trop petite pour lui ; oui je n’avais plus aucun contrôle sur ma vie et c’était juste ABSOLUMENT insupportable …

;

Ce qui m’a aidée à tenir, ce qui m’a permis de lâcher, d’abandonner la lutte, de juste me laisser aller, ce qui m’a permis de survivre, ce sont les choix que j’ai fait :

Oui, j’ai allaité longtemps – très longtemps même : ma grande jusqu’à 3 ans 1/2 et mon petit jusqu’à 2 ans dont 18 mois de co-allaitement – et j’ai aimé ces doux moments de partage, de douceur, de disponibilité totale, parfois en tandem, mes 2 enfants main dans la main, frère et soeur de sang et de lait.

La sensation d’être présente pour eux, totalement et profondément et la douceur qui fait supporter toute la violence du monde.

Oui, j’ai porté beaucoup – vraiment beaucoup à certaines périodes – et j’ai aimé cette douce sensation de l’enfant qui s’endort dans votre dos, dont on se sent le relâchement soudain et le souffle chaud sur votre nuque.

La liberté retrouvée tout en gardant le contact et la chaleur qui fait disparaitre toute la rage du monde.

Oui, j’ai dormi avec mes enfants et j’ai aimé la confiance de ce petit corps qui se pelotonne contre vous, son refuge, son soutien, la tête blottie sous mon bras et cette douce odeur d’enfant.
La sérénité du sommeil ensemble et la douce sensation dont le souvenir fait survivre à tout.

Et OUI, MILLE FOIS OUI, j’ai accouché 2 fois physiologiquement, dont une fois à la maison, dans la tiédeur de la future chambre de mon enfant et j’ai aimé – que dis-je : adoré ! – ça : la puissance, la force inimaginable dont je ne maitrise rien mais dont je SAIS qu’elle est là, au creux de moi quand j’en ai besoin.

Cette force qui ne vient que quand on croit qu’il est trop tard, que c’est trop fort, trop dur, celle qui n’arrive que quand on lâche tout, quand on en arrive à croire que mourir est la solution …

Cette force qui m’a fait tenir quand la souffrance était trop forte, quelle que soit la situation.

Cette force qui fait que je SAIS ce dont je suis CAPABLE. Capable profondément, intensément, y compris de choses impossibles.

;

A chaque obstacle, à chaque difficulté, mes enfants m’ont permis d’aller au bout de moi et bien au-delà encore. Ensemble nous avons appris la rage, la peur, les larmes et la colère. Nous avons appris la confiance, la douceur, la chaleur, la joie, le bonheur. Ensemble nous avons appris la vie et bien plus encore !
On croit que ce sont les parents qui font les enfants …
Moi je crois que ce sont mes enfants qui m’ont faite !

C’est en devenant mère que j’ai pu savoir qui je suis … et décider de le devenir vraiment.

Merci à vous mes amours, vous avez tant à m’apprendre encore !

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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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10 pensées sur “Devenir mère …

  • 28 décembre 2012 à 09:12
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    Merci de tout coeur Sandrine pour ce moment de partage. Je suis très touché et j’ai vécu ton texte dans la sensation du corps… Suis très ému…

    Chaleureusement

    Eric

    PS : Beaucoup de larme dans mes yeux… J’ai eu l’occasion il y a encore quelques mois de vivre temporairement avec les enfants de mon ami (séparation en août) et j’ai l’impression d’avoir rien compris à tout cela même si au fond de moi ces deux petites étoiles sont dans mon coeur profondément encrées.

    Répondre
    • 28 décembre 2012 à 09:38
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      Merci Eric.
      Construire une relation avec des enfants prend du temps, beaucoup de temps et c’est souvent compliqué ;-).

      Sandrine

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  • 28 décembre 2012 à 09:30
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    Merci pour ce merveilleux texte qui me touche à coeur, à corps.
    J’en profite pour te souhaiter une très belle fin d’année avec tes proches, Sandrine. Amicalement, Ingrid.

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    • 28 décembre 2012 à 09:37
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      Merci Ingrid !

      Je te souhaite à toi aussi une bonne fin d’année avec toute ta tribu en pleine forme autour de toi ;-).
      Au plaisir de te revoir.

      Sandrine

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  • 28 décembre 2012 à 09:52
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    Comme tes mots sont forts et les sentiments que tu partages me touchent… Mes filles sont le moteur de mes changements, c’est bien grâce à elle que j’ai découvert une force en moi dont j’ignorais totalement l’existence. Je te souhaite une très belle fin d’année!

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    • 28 décembre 2012 à 09:57
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      Merci !
      Et je pense que mes mots sont à la hauteur de ce que j’ai découvert avec mes enfants ;-).
      Sandrine

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  • 28 décembre 2012 à 23:31
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    Que dire face au mystère de la vie et à la puissance de la maternité?

    Merci Sandrine de nous plonger dans ton intimité qui te met « à nue » de l’intérieur, et qui n’a rien à voir avec du voyeurisme…

    Merci pour ton authenticité, ton honnêteté, ta détermination à vivre et être au plus près de ce que tu sens.

    Merci pour remettre les enfants au centre de nos vies, de nos préoccupations, de nos principes, de nos paradoxes…

    Merci pour nous, les hommes (!!;-), de redire ce qui nous sépare, encore et à tout jamais, de cette sensation unique de PORTER un enfant, à l’intérieur de soi… Et de dire en quoi nous ne pourrons donc jamais vraiment, vraiment, vous comprendre, vous les femmes… vous les mères…

    Tu aimerais certainement l’album de Fabienne Marsaudon « Hymne à la vie », si tu ne le connais pas déjà, qui dit avec ses mots, magnifques, ce qu’une femme peut ressentir dans cette phase de mystère inaccessible à ceux/celles qui ne l’ont pas VECU, de l’intérieur justement…

    J’aimerais un jour compléter ton récit avec celui du miracle de la paternité…

    Une autre fois peut-être….

    Bonne fin d’année 2012, bon début de 2013…

    Que nos enfants, nous montrent encore longtemps, la voie de notre humanité !

    Que les tiens continuent à te faire grandir.

    Et que les miens continuent à me faire vivre, tout simplement.

    Bien confraternellement,
    Renaud

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    • 29 décembre 2012 à 09:36
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      Et merci à toi pour ton message Renaud.
      C’est mon cadeau du matin, que je déguste avec mon petit déjeûner ;-). Et je vais aller découvrir l’album dont tu me parles car je ne le connais pas encore.

      Je te prends au mot pour le texte sur la paternité. Quand il sera écrit, mon blog t’est ouvert pour le publier si tu le souhaites.

      A bientôt …

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  • 22 juillet 2015 à 10:46
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    Wahou quel texte !! Je m’y reconnais tellement. Dans les moments de désespoir comme de bonheur pur. C’est tellement ça être mère, tous ces sentiments extrêmes et finalement cette sensation d’être intensément vivant. Aujourd’hui il me parle d’autant plus que ma grande de 4 ans va se faire opérer d’une tumeur au cerveau. Et c’est elle qui me donne la force d’affronter l’impensable, l’insupportable. Je tiendrai debout parce qu’un beau jour, il y a 4 ans je suis devenue sa maman. Merci encore pour ces mots si vrais.

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