Désaccords éducatifs entre les parents : on fait comment ???

Ah les désaccords éducatifs entre parents, tout un poème … Il faut être d’accord sur tout ou bien on peut tolérer des désaccords ? Et des désaccords sur quoi ? Et à quel niveau ? Et on réagit comment en cas de désaccord non anticipé (ouais y a toujours des problèmes qu’on n’avait pas prévus) ? Rien qu’à lire cette liste de questions, j’en ai la tête qui tourne. Et ce n’est pas bon signe : ça signifie que le problème est BEAUCOUP TROP compliqué.

Les désaccords éducatifs entre les parents constituent d’ailleurs un motif récurrent de consultation de couples. Dans mon cabinet, j’entends des choses comme : « il/elle est trop autoritaire« , « il/elle s’énerve trop vite« , « il/elle crie sur les enfants, leur parle mal« , « il/elle ne se rend pas compte : ce ne sont que des enfants. » Et puis, de l’autre côté, j’entends aussi : « il/elle est trop laxiste.« , « il/elle laisse tout passer sans rien dire.« , « il/elle leur parle trop comme à des adultes, leur propose trop de choix.« , « il/elle les considère comme des bébés et fait tout à leur place. »

Hop, vite fait bien fait, un climat de tension insupportable se monte autour des différences éducatives entre les parents.  On se dispute – s’engueule serait plus juste – à tout  bout de champ. Le désaccord éducatif devient le point d’ancrage sur lequel on construit tous nos reproches. Le motif facile pour démarrer une dispute.

En général, les couples confrontés à des désaccords éducatifs cherchent à les éliminer. A juste titre. Et pour ça, ils en « discutent ».

Désaccords éducatifs entre parents, on en discute ou pas ?

Les gens « bien » vous diront qu’il faut DI-SCU-TER, que c’est comme ça qu’on règle les problèmes. Par la COM-MU-NI-CA-TION. Alors faites-le, allez-y : discutez-en. Ca marche ? Je veux dire : vous êtes parvenus à résoudre le problème et à trouver un compromis ? Oui, super, vous pouvez fermer quitter cette page et reprendre une vie normale.

Mais, en général, les couples qui viennent me voir ont échoué à cette étape. Et c’est le cas de beaucoup. Si vos discussions se terminent immanquablement par une dispute ou par un « chacun s’en va tirer la tête dans son coin », mieux vaut arrêter d’en discuter. Parce que NON, on ne résoud pas tout par la discussion et l’échange.

Comme le disait Dick Fisch :désaccords éducatifs entre les parents : si vos disputes n'aboutissent à rien, mieux vaut arrêter de vous disputer

Si vos disputes ne mènent à rien, mieux vaut arrêter de vous disputer.

Désaccords éducatifs entre les parents, on cherche l’origine ou pas ?

Très (trop ?) souvent, la discussion tourne autour des raisons qui font agir l’autre : « Si tu agis comme ça, c’est parce que tes parents étaient comme ceci ou comme cela« . C’est agaçant non ?

Et vous savez pourquoi c’est agaçant ? Parce que, derrière, on sent bien venir l’autre avec ses gros sabots : il/elle essaie de nous convaincre que sont point de vue est le bon. Et personne ne réagit positivement à des tentatives de manipulation aussi grossières.

Je vous rappelle juste 2 points fondamentaux de la relation à l’autre :

  1. chacun de nous est intimement persuadé d’avoir de bonnes raisons d’agir comme il le fait. Comme le diraient mes voisins Suisses : quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a bien raison de penser ce qu’on pense.
  2. Personne n’aime avoir tort ou perdre la face. Personne de chez personne.

Par conséquent, toute tentative de convaincre l’autre de son « erreur » provoquera assez immanquablement de la résistance. Dans mon approche, on dit souvent

Il n’y a pas de patient résistant, il n’y a que des thérapeutes trop pressés.

Bon alors, en cas de désaccords éducatifs entre les parents, on fait comme si on n’avait rien vu ?

Perdu ! Chaque fois que vous prenez sur vous – tout en vous disant que l’autre a tort – vous tamponnez des cases de votre carte de fidélité. Et votre partenaire va en prendre plein la figure quand vous en serez rendu-e à la dernière case. Tout à l’heure, quand il/elle va dire oui – ou non – une fois de trop à votre goût.

Donc non, ça n’est pas non plus la bonne solution …

Et puis glisser subrepticement des livres dans les toilettes ou laisser trainer un onglet ouvert comme par hasard sur l’éducation, ça ne marche pas non plus … Ca fait pire que bien même …

Ouais bon OK, Sandrine t’es gentille mais tu veux en venir où là avec tes désaccords éducatifs entre les parents ???

Déjà posez-vous une question cruciale :

Quand je réagis avec mes enfants, je le fais parce que je trouve que c’est l’attitude adéquate à avoir dans cette situation avec eux ?

Ou bien j’essaie de prouver à l’autre que je suis un meilleur parent que lui/elle ? Que ma façon de faire est plus efficace/adaptée ?

Et puis, surtout, soyez honnêtes : est-ce que vous ne rejetteriez pas un peu (beaucoup) la faute des désaccords éducatifs sur l’autre ???

Qu’est-ce que je veux dire par là ? Venez, entrez donc dans mon cabinet … et écoutez ce qui s’y dit :

« – Vous comprenez, quand je rentre le soir, je tombe sur tout le bazar que les enfants ont mis dans la maison ! Ils cassent des jouets, on ne peut rien garder. Ils ne respectent rien !!! Au prix que ça coûte !!!

« – Ah oui, vous êtes furieux dès que vous passez le pas de la porte alors ?

« – Oui, exactement ! Alors je leur fais la réflexion aux enfants, je leur dis que ça ne va pas. Mais évidemment, Madame me reprend tout de suite devant eux !!! Comment voulez-vous que j’aie de l’autorité moi avec tout ça ? Comment voulez-vous que j’éduque mes enfants ?

« – Oui je comprends bien. Vous êtes coincé. Et du coup vous faites quoi ?

« – Ben je marmonne dans ma barbe. Ou bien je redis aux enfants que ça ne va pas encore plus fort.

« – Et madame réagit comment ?

« – Elle s’énerve contre moi. Elle me dit que je suis trop autoritaire, que je crie tout le temps sur les enfants. Ca ne me plait pas non plus hein à moi. J’aimerai bien m’amuser avec eux moi aussi et ne pas avoir à leur faire des réflexions. Mais comme elle sape mon autorité et qu’elle ne les éduque pas, je suis bien obligé de me montrer un peu « méchant ». Sinon on va aller où ? Je veux dire, comment ça va être à l’adolescence ?

« – Oui, alors vous êtes obligé de jouer le mauvais rôle dans cette histoire !

« – C’est exactement ça. Je sais bien que, parfois j’exagère et j’en fais trop. Mais je me sens obligé de le faire à cause de madame qui minimise tout ce que font les enfants.

« – Donc si je comprends bien, comme madame est laxiste, vous êtes obligé d’être beaucoup plus autoritaire que ce que vous souhaiteriez ? Et plus Madame se montre laxiste, plus vous êtes obligé de vous montrer autoritaire et ferme pour compenser. C’est bien ça ?

« – Oui c’est exactement ça.

« – Vous est-il déjà arrivé d’imaginer que l’inverse est peut-être vrai ? Et que plus vous vous montrez autoritaire et ferme, plus Madame se sent obligé de se montrer cool et laxiste avec les enfants, pour compenser ?

« – … (silence, puis il sourit) Ah non purée, je n’avais jamais pensé à ça !!!! Bon sang mais oui maintenant que vous me le dites !!!!

Alors si vous avez des désaccords éducatifs entre parents, commencez par vous demander comment vous vous y prenez pour gérer ça …

Il se pourrait qu’une partie (importante) de vos désaccords ne soit que le résultat de vos tentatives de faire changer l’autre … et la solution à vos problèmes pourrait bien consister à aller à fond dans le sens de l’autre et non plus à tenter de le/la contrebalancer …

désaccords éducatifs entre les parents : comment chacun tire de son côté

Donc en cas de désaccords éducatifs, je dois faire semblant d’être d’accord ?

C’est un peu ça l’idée oui.

Vous le/la trouvez un trop laxiste ? Essayez donc de l’être encore plus que lui/elle !

Dans mon exemple précédent, le parent « autoritaire » a cessé de faire des réflexions aux enfants. Il est allé dans le sens des enfants, s’est retenu de les gronder. Juste pour voir pour voir si vraiment sa compagne était laxiste ou si elle ne faisait que réagir à son comportement à lui. Bien sûr, cela suppose d’accepter une prise de risque : celle de voir, pendant quelques semaines ses enfants livrés à eux-mêmes.

Et même plus, les rares fois où il la surprenait à gronder les enfants, il prenait même leur défense : « ma chérie, tu exagères, les pauvres, ce ne sont que des enfants », content d’être enfin le « gentil parent ». Et il a constaté avec surprise qu’elle reprenait les enfants bien plus souvent qu’il ne le pensait au départ. Que loin de minimiser, elle prenait à coeur leur éducation. Il n’a plus eu besoin d’être autoritaire, elle n’a pas eu besoin d’être laxiste. Ils se sont retrouvés sur la même longueur d’onde, à très peu de choses près.

Vous le/la trouvez trop autoritaire ? Et si vous cessiez de minimiser les problèmes ?

La difficulté de changer d’attitude réside ici dans la peur : et si mon conjoint/ma compagne traumatisait les enfants ? Leur faisait du mal ? La prise de risques est ici plus grande que dans le laxisme. C’est donc un changement plus difficile à mener. Ceci étant dit, si vous êtes intimement persuadé-e que votre partenaire est réellement maltraitant pour vos enfants, que faites-vous encore là ? Il est temps de prendre rendez-vous chez un avocat …

Par exemple, Stéphanie avait ce problème avec son conjoint. Elle le trouvait trop brutal quand leur grand (4 ans) tapait sa petite soeur (18 mois) depuis de longs mois malgré l’écoute, la verbalisation des émotions et des tas d’approches bienveillantes. Pourtant à froid, tous les 2 étaient en accord sur leurs principes éducatifs : crier et taper ne sert à rien, punir est inefficace et contreproductif. Oui mais voilà, il était ultra-choqué par le comportement de son fils. Il explosait violemment lorsque cela se produisait. Il explosait d’autant plus fort que sa compagne lui disait « il est encore petit« , « ce n’est pas si grave » : il ne se sentait pas entendu dans ce que lui faisait vivre le comportement de son fils. Et il finissait par s’énerver gravement.

J’ai proposé à Stéphanie de prendre au sérieux le problème que cela représentait pour lui. Elle lui a dit que, oui c’était un problème important. Que oui elle était d’accord pour chercher d’autres solutions, y compris si ce n’était pas dans l’écoute des émotions. Que oui, elle aussi était en échec et que oui, il fallait faire quelque chose, y compris si ce « quelque chose » n’allait pas dans le sens de la bienveillance a priori. Son conjoint a retrouvé une attitude plus posée et s’est moins énervé. Ils ont pu reparler sereinement du problème à froid. Là aussi, ils se sont retrouvés quasiment sur la même longueur d’onde. Comme par hasard.

Alors qu’allez-vous dire à votre partenaire au prochain désaccord éducatif entre vous 🙂 ?


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Désaccords éducatifs entre parents, pour aller plus loin

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Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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8 pensées sur “Désaccords éducatifs entre les parents : on fait comment ???

  • 2 octobre 2017 à 07:30
    Permalink

    Bonjour Sandrine

    Je te remercie pour cet article très formateur.
    C’est une « astuce » très pertinente de demander de faire plus que l’autre pour voir comme est vraiment l’autre.

    La perspective peut alors changer radicalement.

    J’ai beaucoup apprécié l’idée de proposer de se dire que plus l’un est comme si, ça veut peut être dire que l’autre l’est trop de l’autre côté.

    Au plaisir
    Evan

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    • 2 octobre 2017 à 21:53
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      Mon article apporte une réponse qui fonctionne parce que j’ai renoncé à la communication comme moyen de convaincre l’autre :-). Alors qu’on nous présente généralement la communication comme le seul moyen de résoudre les problèmes. C’est une vision tout à fait romantique là aussi … et pas vraiment efficace 🙂

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      • 3 octobre 2017 à 19:30
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        Je ne crois pas que j’irais jusque là… Je comprends que les actes sont puissants (j’en veux pour preuve la force du modèle que nous donnons à nos enfants), et te rejoins donc pour dire que la communication n’est pas le seul moyen de résoudre les problèmes, mais je pense quand même qu’elle peut être rudement efficace. En fait, je pense que même que c’est la fondation : sans communication, moins de connexion, et moins de connexion donnera moins de force aux actes.

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        • 6 octobre 2017 à 18:16
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          La communication ce ne sont pas que les mots. Mon point de vue est que, d’une manière générale, nous accordons beaucoup trop de pouvoir aux mots et que nous délaissons alors ce que nos actes disent 🙂

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  • 2 octobre 2017 à 21:36
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    des articles toujours riches de réflexion. Merci!

    Répondre

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