A quoi sert vraiment le classement PISA ?

Le classement PISA ne mesure pas l’intelligence des élèves, ni l’état de leur cerveau et encore moins la qualité de l’éducation donnée par les parents. Mais ça sert à quoi PISA finalement ?

Et si on parlait de ce fameux classement PISA qui fait couler tant d’encre ?

Je vous l’avais annoncé dans ma vidéo précédente sur cette fameuse proposition de Bruno Lemaire sur l’école à un an : je vais parler du classement PISA. Donc voici la vidéo que je vous avais annoncée.

On parle souvent du résultat de ce classement PISA, mais on dit rarement à quoi il sert, comment il fonctionne, et on oublie aussi beaucoup de parler de ses limites et de ce qu’il dit vraiment.

Donc pour commencer, le classement PISA a d’abord été conçu par l’OCDE, c’est-à-dire une organisation dont la mission principale est de promouvoir le libre-échange, le capitalisme de marché, la croissance économique. Ça n’a pas grand-chose à voir avec l’éducation à la base.

Ce classement est un pur produit de la pensée libérale managériale, il sert, comme on le fait en entreprise, à faire du benchmarking.

Alors ça, ce n’est pas forcément un problème.

C’est quoi le benchmarking exactement ?

Le benchmarking consiste à analyser et comparer des produits entre eux pour identifier les meilleures pratiques, voir ce qui réussit, mesurer les écarts de performance et donc améliorer l’efficacité de ce qu’on étudie donc ici du système éducatif.

Donc en soi, l’objectif est tout à fait louable.

Il s’agit de réfléchir à comment on rend l’école plus efficace pour aider les enfants à apprendre. A priori, c’est quand même le but de l’école.

Mais attention, dans le classement PISA, la méthode d’évaluation est basée essentiellement sur des études de cas et des QCM. Ca va évidemment favoriser les pays où la culture scolaire est beaucoup orientée sur les études de cas, les QCM, c’est-à-dire, globalement, plutôt les pays anglo-saxons.

Nous, en France, le QCM n’est pas tellement dans notre culture scolaire, surtout à l’école primaire ou au collège, même au lycée encore pas trop, parfois un peu plus en études supérieures. Mais avant ça, on fait rarement des QCM et des études de cas.

Donc on pourrait imaginer qu’on fait faire des QCM à tire-larigo à nos enfants et que peut-être ça nous ferait grappiller quelques places au classement.

Je ne suis pas sûre que ce soit souhaitable, mais je vais y revenir.

Et donc ce test, il faut bien comprendre qu’il évalue un peu les compétences de base, mais il ne mesure pas l’intelligence des élèves.

Il ne mesure pas leur culture, leur capacité à résonner en milieu complexe, leur intelligence situationnelle, leur intelligence relationnelle, encore moins leur créativité.

Qui sont quand même des qualités qui peuvent s’avérer utiles.

Donc on ne peut pas conclure de ce test ou de notre classement que nos élèves sont débiles.

J’y reviendrai.

En plus, dans la grille de lecture de l’OCDE, l’adolescent de 15 ans n’est pas un citoyen qu’il faut éveiller à l’art, à la culture, à la philosophie ou aider à réfléchir.

Le but de PISA c’est de vérifier si le « produit » qui sort de l’école est calibré pour être employable sur le marché du travail.

D’ailleurs, le score individuel d’un élève est un très bon prédicteur de l’employabilité de cet élève futur, quand il aura avancé dans ses études évidemment, et donc ce serait à titre individuel une information intéressante. c’est quoi mon classement PISA à 15 ans parce que ça me permet de savoir où je vais me situer.

Par contre, attention, le classement PISA ne dit absolument rien des performances économiques du pays concerné. On peut avoir un score PISA assez médiocre et avoir des résultats économiques, globalement macroéconomiques, au niveau du pays qui sont plutôt très bons.

Voilà, ça c’est important de le dire.

Chose paradoxale aussi, c’est que l’indicateur le plus fiable de ce classement PISA, c’est l’indice qui porte sur le poids du milieu socio-économique.

Ça veut dire quoi ? C’est l’indicateur qui permet de voir si l’école d’un pays donné permet ou non de réduire les inégalités socio-économiques.

(moi je trouve ça assez rigolo qu’un outil de droite montre des choses de gauche. Mais voilà, bon bref.)

Alors vous allez me dire « oui mais quand même, notre niveau baisse, c’est la cata, nos élèves sont nuls. »

Et vous allez peut-être me dire aussi « c’est la faute des réseaux sociaux qui leur ont détruit le cerveau » comme l’a dit un autre homme politique. Qui n’est pas Bruno Le Maire mais qui s’avère être … notre ministre de l’éducation.

C’est d’autant plus grave que ça signifie que ce monsieur – ministre de l’Education Nationale – n’a pas compris ce que c’est que le classement PISA.

Le classement PISA, je le redis, ne mesure pas l’intelligence des élèves,

il mesure la performance du système éducatif.

Donc il montre juste que notre système éducatif se casse la gueule.

Il ne mesure pas l’intelligence des élèves.

Et là-dessus je pense qu’il faut rappeler quand même que depuis des années on a du mal à recruter des profs, que nos profs sont en souffrance, qu’on a des contractuels recrutés à la hâte A qui on ne fournit pas les compétences et la formation pour gérer un groupe, faire de la pédagogie.

On peut maîtriser une matière et être nul en pédagogie : ça s’apprend la pédagogie, c’est une compétence.

Je vais ajouter encore autre chose : historiquement, la France a toujours beaucoup moins investi que les autres pays de l’OCDE dans l’école primaire.

Or, c’est à l’école primaire que se jouent les fondamentaux du calcul, de la lecture, etc. Nous, on a beaucoup axé nos réformes sur le collège, le lycée, mais l’école primaire…

Voilà, bon, on va peut-être mettre l’école à 1 an, ça va peut-être résoudre le problème …

Donc peut-être que notre mauvais classement PISA, il décrit ce qui se passe à l’école primaire plus qu’autre chose. Je n’en sais rien, c’est une suggestion.

Alors, est-ce qu’il faut absolument remonter dans le classement PISA ?

Franchement, si c’est pour plaire aux économistes de l’OCDE, on peut faire bouffer du QCM et des études de cas à nos élèves et peut-être qu’on va grappiller quelques places.

Mais en vrai, on s’en fout de ça.

Si on veut vraiment remonter dans le classement PISA, il faut comprendre que le problème c’est le système éducatif.

Ce que mesure le classement PISA, c’est la performance du système éducatif et pas la performance des élèves.

Il faut commencer par ça, je le redis, c’est hyper important.

Et il faut déjà que nos politiques arrêtent de chercher des solutions simplistes et qu’ils arrêtent de prendre les profs pour des imbéciles.

Ça, ça serait déjà un très bon commencement.

Et honnêtement, pour accompagner beaucoup de profs en burnout, en stress et tout ça, je peux vous dire que ce qu’ils subissent est quand même assez gratiné depuis déjà pas mal de temps.

Donc voilà, je vais m’arrêter là, mais j’espère que ça vous donnera quelques pistes pour mieux réfléchir aux propositions politiques des mois à venir.

Pour finir …

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Sandrine Donzel

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