« Maman, j’ai peur de vomir »

Mon fils descend les escaliers un soir, vers 22h en pleurant.

‘- Maman, j’arrive pas à dormir

‘- Ah ? Tiens, qu’est-ce qu’il t’arrive ?

‘- J’ai peur de vomir

Avoir peur de vomir, une peur courante chez les enfants.

OpenClipart-Vectors / Pixabay

La peur de vomir est courante chez les enfants, et même chez les adultes. Elle peut rester au rang de vague inquiétude … ou dégénérer assez facilement en angoisse terrible.

Une peur de vomir qui s’emballe devient vite handicapante : elle conduit à contrôler la personne qui en souffre à contrôler ce qu’elle mange, se laver les mains de façon obsessionnelle, devenir intransigeant – pour ne pas dire insupportable – avec son entourage sur la fraicheur et la qualité des produits consommés … et bien pire encore.

Face à une telle peur, la prudence s’impose. Il est très facile d’emballer le système.

Avant d’intervenir, je prends donc un peu temps pour explorer la façon dont mon fils a déjà tenté de gérer sa peur.

– zut, c’est embêtant ça … C’est une grosse peur de vomir ou une moyenne peur ?

Remettre de l’intellect dans l’émotion est toujours une bonne idée 🙂. Devoir évaluer, mesurer, donner une forme, une valeur, une couleur à son émotion permet à la fois de la reconnaitre et d’en diminuer l’intensité.

‘- quand même une grosse peur …

Ce n’est pas la première fois que mon fils m’exprime cette peur de vomir. Elle revient à intervalles réguliers. J’ai tenté d’autres fois de le rassurer : « mais non mon chéri ne t’inquiète pas, tu ne vomiras pas, retourne te coucher. ». Mais visiblement cette stratégie – logique en apparence – ne fonctionne pas.

Eviter l’emballement émotionnel de la peur de vomir ou d’une autre !

Je suis bien placée qu’une peur mal gérée peut s’emballer très facilement et très rapidement. Je décide donc cette fois-ci d’être plus attentive et de mieux comprendre comment il gère sa peur de vomir.

– ah mince … Et tu as essayé quoi pour faire partir ta peur de vomir ?

‘- j’essaie de penser à autre chose, de respirer, …

La peur est une émotion terriblement désagréable à ressentir. Notre tendance spontanée est donc souvent de la fuir : éviter de la ressentir, éviter même d’y penser. Parfois cela marche. Mais souvent, fuir la peur ne fait que la faire flamber. Je soupçonne donc que mon fils est parti dans cette direction trompeuse. Il tente de fuir sa peur de vomir.

‘- Et ça marche ?

‘- Ben non … j’ai toujours peur de vomir, j’arrive pas à dormir.

Je ne cherche pas à expliquer à mon fils qu’il se trompe. Donner des explications est beaucoup moins efficace que prendre conscience par soi-même. Je cherche donc plutôt à le faire réfléchir par lui-même plutôt qu’à lui donner mon propre raisonnement.

‘- tu as vraiment peur de vomir ? Je veux dire tu ne veux vraiment pas vomir, c’est ça ?

‘- oui, je n’aime pas vomir, c’est pénible.

Arrêter d’éviter la peur de vomir …

En voulant éviter la peur, mon fils cherche à éviter même de penser à la situation qui lui pose problème. Il refuse absolument d’envisager qu’il puisse même vomir peut-être. Pourtant, une part de lui reste réaliste : rien ni personne ne peut lui garantir qu’il ne vomira pas. Ni moi, ni personne d’autre, ni même lui-même. Et la peur reste présente, lui rappelant cette terrible réalité : il peut vomir à n’importe quel moment. Et si le vomissement arrive, il ne pourra rien faire pour l’empêcher.

En fuyant, il se sent de moins en moins capable d’affronter un éventuel vomissement. Il stresse de plus en plus à l’idée de vomir. Chaque fois que le stress se manifeste, il a l’impression qu’il a des nausées et qu’il va vomir. Et plus il fuit, plus il a peur.

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2 parties de lui sont précisément en conflit à ce moment-là : une partie qui dit « oui tu peux vomir » et une autre partie qui dit « je ne veux surtout pas vomir. » L’idée est de réconcilier ces 2 parties. Aussi étrange que celui puisse paraitre de prime abord, pour les réconcilier, il faut éviter de fuir devant l’une d’elles …

En allant à la rencontre de la peur de vomir

Alors je lui réponds :

– c’est embêtant parce que je ne peux pas te promettre que tu ne vas pas vomir. Mais si jamais tu vomis, que va-t-il se passer ? Tu vas sentir comment le vomi qui arrive ?

Il fuit devant sa peur. Mon intention est de l’inciter à cesser de fuir. Je lui propose donc d’affronter sa peur de vomir tout simplement.

‘- chais pas …

‘- je sais que c’est dur pour toi mais comme on ne peut pas empêcher le vomissement, il vaut mieux se préparer au moment où il va arriver. Alors tu vas sentir le vomi dans ta gorge … Et tu auras le temps d’aller jusqu’aux toilettes ou tu vas vomir dans le couloir ? Ou même dans ta chambre ?

‘- au moins dans le couloir je crois …

‘- OK. Et ce sera dur de vomir ? Raconte-moi  …

‘- ça fait mal, c’est dur de vomir. Je déteste ça. Et je vais pleurer.

Je compatis parce que c’est vrai que c’est TRES désagréable de vomir. Moi aussi je pleure quand ça m’arrive. Et je le dis bien sincèrement à mon fils. Je lui dis aussi qu’il pourra venir me réveiller si ça lui arrive, que je m’occuperai de lui. Je lui explique que je connais bien la sensation de brulure dans la gorge et les larmes qui montent aux yeux malgré nous.

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A aucun moment je ne cherche à le rassurer ni à le raisonner : oui il va très certainement vomir et plus il y sera prêt, moins il aura peur. Je lui parle très librement du vomissement et je l’incite à s’imaginer en train de vomir. Il n’est pas en panique. S’il l’avait été, je me serai arrêtée dès que je l’aurai senti dépassé par sa peur. Aller trop loin aurait pu être trop bousculant et avoir l’effet inverse de celui espéré.

Retrouver le courage d’affronter la peur de vomir …

Au bout d’un moment, il me dit, un peu surpris : « c’est drôle, à force de parler de vomi, je n’ai plus envie de vomir. Et plus trop peur de vomir. Je vais retourner me coucher. Merci maman. »

Les peurs devant lesquelles on fuit se transforment en paniques. Les peurs qu’on affronte deviennent du courage.

A plusieurs reprises depuis lors, il lui est arrivé d’avoir des sensations nauséeuses et de sentir sa peur de vomir revenir. Cependant, il m’a dit récemment que, depuis, il essaie de faire partir sa peur mais que, si ça ne marche pas, il pense au vomi … et ça va beaucoup mieux !

Lorsqu’un enfant tente de fuir devant sans succès devant sa peur, il peut être approprié de l’aider à affronter celle-ci.

C’est valable pour la peur de vomir mais pour bien d’autres peurs encore !

Et oserai-je vous dire que ça marche aussi avec les adultes pour des peurs diverses, aussi souvent que la personne tente de fuir sa peur : la peur de vomir, la peur de se faire dessus (selles), la peur des souris, la peur de prendre l’avion et bien d’autres peurs encore !

N’hésitez pas à commenter si vous avez des questions ou des témoignages 🙂 !


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Quelques ressources pour aller plus loin au sujet de la peur de vomir (et d’autres peurs)

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Ailleurs sur le web : un autre article sur la peur de vomir

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4 pensées sur “« Maman, j’ai peur de vomir »

  • 26 mars 2018 à 09:19
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    ma fille a la meme peur, mais autant pour elle que les autres. Si son frère est malade et vomit, elle ne l’approche pas a moins de 20 mètres…
    j’ai l’impression qu’avec l’âge ca va mieux, je lui ai expliqué ce c’était une défense naturelle du corps et que meme si c’était désagréable, c’est son corps qui réagit donc c’est bénéfique…
    pas évident quand ca atteint des niveaux de peur un peu irrationnels:)
    pareil avec les araignées d’ailleurs, mais ca je sais que qqn lui a transmis….

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    • 26 mars 2018 à 11:31
      Permalink

      Plus la peur est irrationnelle, moins il faut expliquer.

      Au final l’objet de la peur n’est pas très important : si on prend pour habitude de fuir devant sa peur, cela va s’appliquer quelle que soit l’objet sur lequel porte la peur. On peut donc transmettre ce type de comportement sur des sujets autres que celui qui nous fait peur à nous.

      Répondre
  • 27 mars 2018 à 09:32
    Permalink

    Cet article me parle alors je vais apporter mon petit témoignage….mon fils ainé de 6 ans avait peur la nuit, c’est à dire que souvent ( très souvent …toutes nuits, osons le dire !), deux ou trois heures après s’être endormi, on entendait pleurer, gémir…et c’était parti pour un tour : on allait voir ce qui n’allait pas, on le recouchait…si on avait de la chance, il se rendormait jusqu’au lendemain mais la plupart du temps il se réveillait 20 minutes après et rebelote…ça me faisait l’impression d’une balle attachée à un élastique qu’on éloigne le plus possible de soi mais qui au bout d’un moment vous revient dans la tête ; je veux dire par là qu’on avait beau recoucher mon fils, le « rassurer »(je savais que c’était « bidon » mais je n’avais pas de « plan B »), ça revenait. Du coup, bien souvent, très souvent d’ailleurs, il terminait dans un petit lit qui se trouve être dans notre chambre (on voulait dormir et on n’avait pas d’autres solutions sous la main).
    Une nuit particulière où on a faillé frôler le pétage de plomb mon mari et moi (= envie de balancer des bons gros jurons bien horribles), on a décidé de mettre en place un plan d’action. Lors de cette fameuse nuit pourrie, j’ai tapé sur mon portable (à 4 heures du matin, remontée comme un coucou) un truc genre  » fils 6 ans hurle la nuit » ou quelque chose dans le genre…et je suis tombée sur le site d’un thérapeute qui avait publié un billet et le contenu me parlait drôlement. Je ne pourrai pas vous dire le nom du monsieur, il faudrait que je recherche mais au premier abord, son site faisait un peu « site commercial » mais bon…à 4 heures du matin…bref. En substance, il disait que cela ne servait à rien de rassurer l’enfant car cela aurait l’effet inverse de l’effet escompté. Au contraire, il préconisait de parler à l’enfant 1 heure à 30 minutes avant le coucher en lui tenant ce discours : » il va falloir que tu sois courageux ce soir…parce que ta nuit va être horrible, je sais bien que tu as peur  » (oui je sais, ça paraît horrible comme ça à lire), il disait que l’enfant allait nier « mais non, j’ai pas peur » mais qu’en fait ni lui ni les parents sont dupes. Le but du jeu étant de lui faire parler de ses peurs, essayer de les nommer. Après, il recommandait de dire à l’enfant que nous ne pouvions rien pour lui, mais qu’on avait un truc, c’est qu’il fallait bien rester réveillé pour combattre les « monstres » (= les angoisses). Bon, je vous avoue que j’ai édulcoré le truc légèrement quand même MAIS : première nuit ça a raté (il a pas voulu me parler de ses peurs), le matin de cette nuit ratée, j’ai réussi à lui faire parler de ses peurs, il avait peur des BRUITS et son papa lui a donné une astuce, il fallait dire : « m’en fous, même pas peur ! » et pour les cauchemars : « m’en fous, t’es même pas vrai » et bien croyez moi ou non mais depuis, il dort enfin d’une traite !!! ce n’est plus le même (car bien sur, formidable impact sur le déroulement de la journée).

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    • 27 mars 2018 à 10:00
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      Merci beaucoup pour ce témoignage !
      Et oui ça va tout à fait dans le même sens : fuir sa peur ou chercher à se faire rassurer n’est pas forcément très efficace. Et ça a sans doute permis à votre enfant d’apprendre à gérer sa peur différemment d’où le changement de comportement en journée aussi.

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