Prima non nocere

Scène de vie entre une mère et sa fille (5 ans environ) :
-Tu es vraiment une tête de mule !
– Maman, tu ne m’aimes pas (entre 2 sanglots)
– Mais si je t’aime mais tu n’as aucune volonté ! … Puisque c’est ça, je ne t’emmènerai plus nulle part, tu ne feras plus aucune activité !
– … (pleurs)
– Pfff … j’en ai marre, tu es vraiment bête ! C’est toi qui m’a dit que tu voulais venir ! A chaque fois c’est pareil !

Je suis là, impuissante, triste, triste pour cette maman et sa fille.
Je connais des mots … Je connais des mots qui aideraient mais comment faire ?

Comme l’écrit Haim Ginott dans «Between Parent and Child» – un excellent livre, malheureusement pas traduit en français – aucun parent ne se lève le matin en décidant qu’il va harceler, humilier, faire mal à son enfant. Et pourtant cela arrive, plus souvent qu’à notre tour à certains moments.

Je connais cette terrible et mortifère impuissance : notre coeur aurait envie de dire autre chose, d’apaiser … mais nos mots disent autre chose.
Et nous nous désespérons d’être à ce point incapable d’être un parent juste «normal», incapable de dire un mot gentil, d’avoir un geste tendre alors que nous sentons bien au fond que c’est ce dont notre enfant aurait terriblement besoin à ce moment-là …

Je m’imagine aussi combien cette petite fille doit elle, aussi, se sentir terriblement impuissante à faire ce qu’il faut, comment elle doit se désespérer elle aussi de ne pas arriver à être comme il faut.

Et moi aussi, j’assiste à tout cela, témoin impuissant de toute cette incompréhension, ajoutant à ces 2 impuissances la mienne …

A chaque fois que je suis confrontée à ce genre de situations – assez fréquemment il faut bien le dire – je reste perplexe …
Que faire ? Que dire ?

Bien sur je connais des mots que pourrait dire cette maman et qui apaiserait la situation …
Bien sur que je sais … C’est toujours plus facile de résoudre les problèmes des autres …

Mais comment faire ? Comment intervenir dans cette situation sans nuire ?

Comme disent  les médecins «prima non nocere» – «d’abord ne pas nuire» – et c’est bien là le problème.
Je sais les mots qui pourrait aider la maman et sa fille mais je sais aussi que si j’interviens maladroitement, cela peut avoir des conséquences nocives pour cette maman et sa fille.
La maman pourrait retourner tout cela contre, elle, se sentir encore plus impuissante et incapable. «Elle, elle sait et moi je n’y arrive même pas» …
Elle pourrait aussi retourner cela contre sa fille et être encore plus agressive avec elle. «C’est à cause de toi si les gens pensent que je suis nulle comme maman».

Toute à mon indécision et à ma peur, je reste coite, sans savoir quoi faire, quoi dire …
Que dire ? que faire ?

J’ai terriblement envie d’intervenir …
Intervenir, oui mais comment ?

Et je repars avec mon indécision, un sentiment d’inachevé, l’impression que j’avais des pistes qui auraient pu aider, l’impression que je pouvais tendre la main mais que je ne l’ai pas fait …

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance … envers les autres et envers soi-même :-) …

Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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Une pensée sur “Prima non nocere

  • 8 juillet 2017 à 10:25
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    J’ai déjà ressenti la même chose… J’avais espéré que l’article ait des idées à suggérer, mais je vois que vous en êtes au même point que moi.

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