Apprentissage de la propreté : pourquoi attendre que l’enfant soit prêt ne suffit pas (et comment éviter les blocages)
Au printemps arrivent les hirondelles … mais aussi l’idée qu’il serait temps de penser à l’apprentissage de la propreté chez les jeunes enfants. Les enseignantes de maternelle et les professionnelles de la petite enfance font passer le message “Parents, s’il vous plaît, commencez l’apprentissage de la continence … c’est le moment !” Un message pas toujours bien entendu, alors que c’est pourtant en effet la saison idéale : on peut laisser les enfants sans couche dehors, et les accidents y sont bien moins embêtants que sur le carrelage du salon.
Mais comment s’y prendre pour transformer cette période propice en réussite, sans tomber dans la pression ?
Dans cet épisode, on va d’abord remettre les pendules à l’heure sur ce qu’est vraiment la propreté ou plutôt la continence. On questionnera ensuite cette fameuse idée de “maturité” qui nous incite parfois à attendre alors que ce n’est pas forcément une bonne idée … Et enfin, je vous parlerai des clés pour éviter le piège du rapport de force.
Alors zou, c’est parti pour l’épisode 35 de « Du Côté des Parents » !
EP.35 Apprentissage de la propreté : et si on arrêtait d'attendre que ça vienne tout seul ? – Du côté des parents !
De quoi parle-t-on vraiment quand on parle de « propreté chez l’enfant » ?
Souvent, on utilise en effet le mot « propreté », mais ce terme est trompeur. Il sous-entend qu’un enfant qui fait dans sa couche est « sale ». Ce n’est pas le cas. Un enfant qui fait dans sa couche est un enfant qui fonctionne normalement pour son stade d’apprentissage. Et dois-je le rappeler : l’urine et les selles ne sont pas « sales », ce sont des sécrétions corporelles normales.
Le terme plus juste que propreté ce serait la continence.
Cette précision mise à part, j’utiliserai alternativement les termes propreté et continence pour éviter des répétitions.
Définition de la continence : la capacité à retenir ses urines ou ses selles entre deux moments où l’on va aux toilettes. Cette rétention est assurée par la contraction des muscles de la vessie et du rectum, ce qu’on appelle les sphincters.
(pardon si mes connaissances anatomiques ne sont pas au top mais ça fera largement l’affaire pour ce qui nous occupe).
En réalité, nos sphincters sont fermés par défaut (sinon un bébé ferait pipi ou caca en continu). Ils ne se relâchent que si on se met dans des conditions où ils peuvent se relâcher ou quand la vessie ou le rectum sont tellement plein qu’ils se relâchent malgré nous.
Donc si on veut être précis : la continence, c’est la capacité à relâcher ses sphincters au moment où on le choisit.
Autrement dit, devenir continent, c’est
- sentir que sa vessie est pleine ou que son rectum (la partie finale de l’intestin où se stockent les selles) est plein
- comprendre que cette sensation est le signe qu’on a besoin de relâcher ses sphincters pour évacuer le contenu de la vessie ou du rectum
- Savoir où on peut aller se soulager et où on ne peut pas
- Savoir anticiper le temps nécessaire pour être installé sur les toilettes et le pot, afin d’y aller suffisamment tôt pour ne pas subir le relâchement involontaire (quand c’est vraiment trop plein, au bout d’un moment ça se relache tout seul)
- et pouvoir se relâcher là où il le faut afin de laisser sortir ce qu’il y a à sortir. On ne commande pas directement à nos sphincters comme on commande à notre bras ou à notre main, mais le travail d’apprentissage est un travail d’association : je me mets dans des conditions de sécurité dans lesquelles mon cerveau enregistre qu’il peut se détendre (c’est exactement la même chose pour le sommeil).
Les sensations sont physiologiques : vessie et rectum se remplissent et les bébés dès la naissance (peut-être même avant) perçoivent ces sensations (sauf problème neurologique grave). Je parlerai plus loin de l’expérience vécue avec l’un de mes enfants autour de ça.
Tout le reste – associer le soulage de la sensation au vidage de la vessie ou du rectum, savoir se relâcher volontairement, savoir où on peut le faire, savoir anticiper le temps nécessaire, etc – tout cela est le résultats d’apprentissages plus ou moins formels.
Cette notion d’apprentissage me permet d’ailleurs d’aborder un point important : la notion de maturité.
Le mythe de la « Maturité » concernant l’apprentissage de la propreté chez les enfants
Une des 1ères questions que se posent les parents, c’est quand peut-on commencer cet apprentissage ?
Si vous demandez à un pédiatre occidental classique, il vous répondra souvent : « Il faut attendre que l’enfant soit prêt », suivi d’indications plus ou moins précises sur ce qui permet de dire que l’enfant est prêt (il monte et il descend les escaliers ou autres approximations du genre).
Cette théorie de la maturité a aussi un avantage énorme : elle protège les enfants de la pression et du « forçage » qui a pu exister à certains moments et qui pouvait être violent, et surtout – on le verra plus loin – pas forcément favorisant pour un apprentissage sain.
Donc oui, la notion de maturité est utile pour dire STOP à la contrainte.
MAIS, elle a un défaut majeur : elle nous fait croire que la continence est uniquement biologique et « naturelle ». Comme si c’était une fleur qui s’ouvre toute seule un beau matin et qu’il suffisait d’attendre pour que ça se fasse.
Elle oublie totalement la dimension d’apprentissage social et culturel.
Si la continence était juste une question de maturité biologique, alors tous les enfants du monde deviendraient propres à peu près au même âge, sans aucun entraînement. Or, ce n’est pas le cas.
Des études anthropologiques montrent que dans de nombreuses cultures traditionnelles (en Afrique, en Asie, etc), les enfants peuvent être continents très tôt, parfois dès 6 ou 12 mois et ce, sans aucune pression.
Et même en Occident, dans les années 60, 90% des enfant étaient continents à 2 ans 1/2. Actuellement ils sont à peine 20% à l’être.
Même s’il y avait du forçage, nos parents et grands parents n’ont pas été à ce point maltraités en masse autour de ce sujet. Et non, le cerveau de nos enfants ait à ce point régressé en 60 ans.
Non ce qui a changé, c’est notre vision de l’enfant, et notamment l’idée qu’il faut respecter le « rythme naturel de l’enfant ».
Cette croyance qu’il y aurait un rythme « naturel » de l’enfant à respecter a, encore une fois, l’avantage d’attirer notre attention sur les besoins de nos enfants et sur leurs capacités et de nous inciter à en tenir compte. Mais elle a l’énorme inconvénient de nous faire oublier cette part de l’apprentissage social.
Et elle peut conduire à attendre passivement que cet apprentissage tombe du ciel. Et ça, ça peut durer … très longtemps !
D’où parfois des enfants à qui on n’a pas proposé le pot, à qui on n’a pas enlevé les couches, qu’on n’a pas emmené avec soi aux toilettes (et oui ça les aide de voir ce qu’on y fait, comment ça se passe, les enfants apprenant beaucoup par mimétisme).
Et pour qui on s’étonne de ne pas les voir s’intéresser à la propreté à 3 ans ou plus.
Il faut bien se rappeler que le cerveau est plastique, plus particulièrement celui des jeunes enfants. Il se développe en réponse à l’environnement. Si on offre à l’enfant des opportunités d’apprendre tôt, les connexions neuronales peuvent dans une certaine mesure se faire plus tôt.
Certains enfants – tous peut-être ? – manifestent d’ailleurs dès leurs premiers jours de l’inconfort lorsqu’ils ressentent ces sensations. Ca a été le cas de mon fils qui, dès la naissance, grognait pendant plusieurs minutes avant de faire caca ou, dans une moindre mesure, pipi.
Ayant eu connaissance des pratiques d’hygiène naturelle infantile, j’ai pensé que ces grognements pouvaient être un signal associé à son besoin de faire.
J’ai alors saisi l’occasion de lui enlever la couche et de le mettre au dessus d’une bassine chaque fois que je le pouvais. Très rapidement, il faisait dans la bassine. Ses grognements s’arrêtaient dès qu’il s’était soulagé alors qu’il pouvait grogner beaucoup plus longtemps si je lui laissais sa couche (plusieurs minutes je le redis).
Et un peu avant 2 ans, il a dit spontanément un jour sans qu’on aie vraiment abordé le sujet : « je veux aller aux toilettes ». Et voilà le tour était joué : plus de couches le jour et la nuit très vite aussi.
Note : je croyais avoir écrit un article au sujet de mon expérience de l’hygiène naturelle infantile dont je parle ici … mais ce n’est pas le cas. Si toutefois mon expérience vous intéresse, faites moi signe en commentaire et je tacherai d’écrire à ce sujet.
Cette expérience m’a aidée à comprendre une chose fondamentale : rien dans notre expérience humaine n’est « biologique » ou « naturel », tout est culturel c’est à dire appris, même quand c’est fondé sur une base biologique. Et que saisir les opportunités est une bonne façon d’apprendre !
Tout est apprentissage, y compris la propreté ou la continence
Et cela ne concerne pas que l’apprentissage de la propreté.
C’est valable pour la continence, mais aussi pour l’alimentation et même le sommeil.
Nos horaires de sommeil – le fait même que nous dormions d’une traite durant la nuit – nos horaires et la composition de nos repas, les heures auxquelles nous allons aux toilettes, tout cela est le résultat d’un apprentissage social.
C’est à dire d’un mélange de sensations physiologiques corporelles mais associé à des expositions à la culture et de contraintes progressives.
Vous trouverez des tas d’idées sur Internet sur la manière de le faire, des albums pour parler du pipi et du caca à vos enfants.
Il n’y a pas de mode d’emploi : vous pouvez laisser l’enfant libre totalement, ou bien lui proposer le pot à. intervalles réguliers, vous pouvez le laisser sans couches pour qu’il expérimente au risque d’avoir à nettoyer les accidents, ou bien lui laisser la couche en l’encourageant à vous signaler quand il a besoin de faire. Vous pouvez utiliser du renforcement (avec des petites récompenses chaque fois qu’il signale qu’il a envie par exemple) ou une approche plus neutre.
Il s’agit surtout de trouver la méthode avec laquelle vous et votre enfant vous sentez à l’aise et qui va permettre à l’apprentissage de se faire et qui va surtout éviter les rapports de pouvoir.
Le piège à éviter dans l’apprentissage, c’est le rapport de pouvoir.
Lorsque je reçois des parents, c’est évidemment quand il y a une difficulté. Et autour de la propreté, c’est quand l’enfant « résiste » à cet apprentissage.
Parfois, la résistance vient surtout de la croyance en un rythme « naturel » qu’il faudrait respecter, et dont j’ai déjà parlé. Cette croyance conduit les parents à ne pas créer les conditions permettant cet apprentissage. Parfois les conditions se mettent en place toutes seules : l’enfant est exposé par le biais d’autres environnements (des proches famille ou amis, la nounou, la crèche, etc). Mais si ce n’est pas le cas, on peut – comme je le disais précédemment – attendre longtemps.
Mais le cas le plus fréquent c’est quand il y a une résistance de l’enfant. Résistance qui traduit souvent la mise en place d’un rapport de pouvoir.
Les enfants s’opposent généralement aux rapports de pouvoir en ne « cédant pas » à notre insistance.
Leur opposition n’est pas forcément frontale. Elle est même souvent bien plus subtile. Elle prend la forme d’un manque d’intérêt, une forme de négligence pour le sujet qu’on veut leur transmettre : ils ont « oublié », ils sont « trop concentrés » sur leur jeu pour aller aux toilettes, et d’autres petites choses de ce genre.
Un agacement récurrent, la sensation confuse ou le doute sur le « mais il le fait exprès ou quoi ? », l’énervement quand on a le sentiment d’avoir déjà beaucoup répété sont généralement des signaux qu’on est entrés dans un rapport de pouvoir du côté des adultes et qu’il va falloir aborder les choses autrement. Et généralement qu’il va sans doute falloir prendre le risque de « laisser tomber » au moins temporairement.
Parce que si on insiste, on prend le risque de bloquer l’apprentissage de manière bien plus durable mais aussi de pourrir la relation.
Evidemment ce « laisser tomber » est logiquement douloureusement vécu.
D’abord parce qu’on tient souvent bon à cause de peurs : on veut absolument transmettre un apprentissage à nos enfants parce qu’on craint pour eux des conséquences s’ils ne le font pas.
Le rapport de pouvoir est alors une stratégie de contrôle sur notre enfant qui ne vise pas à transmettre un apprentissage mais bien à gérer notre peur. Et quand cette stratégie de contrôle échoue, notre peur grandit, renforçant le contrôle. D’où le cercle vicieux.
Regarder sa peur en face, c’est à dire identifier plus clairement les risques et ce qu’on fera s’ils se produisent permet déjà d’en désamorcer certains ou de mettre en place des ressources qui réduisent la peur.
Pour la propreté, dans les situations où l’enfant rentre à l’école – ce qui met la pression à beaucoup de parents – pouvoir discuter avec l’équipe enseignante et les ATSEM est souvent apaisant pour les parents : ils voient qu’il y a de la tolérance et qu’une part de l’apprentissage peut se faire là bas, en prenant exemple sur les enfants déjà propres (très stimulant pour de jeunes enfants) mais aussi avec des passages aux toilettes à heures fixes qui sont très aidants pour les jeunes enfants.
Petit message à l’intention des équipes éducatives : très souvent, vous êtes confrontées à des apprentissages non fait (cf le mythe du rythme « naturel » dont j’ai déjà parlé), ce qui vous amène à plutôt insister sur le versant « il faut qu’il apprenne ». Evidemment aussi, vous savez que le contexte de l’école – avec peu d’adultes pour beaucoup d’enfants – n’est pas un contexte très favorable à l’apprentissage (vous ne pouvez pas changer les enfants aussi souvent qu’il le faudrait, les autres enfants peuvent se moquer, etc). Cela vous amène à insister sur le fait que l’apprentissage DOIT se faire à la maison. Et je suis d’accord sur ce point. Mais, dans certains cas, aider les parents à relâcher la pression est aussi extrêmement utile pour eux et pour l’enfant.
Mais revenons au rapport de pouvoir : parfois aussi on tient bon parce qu’on a déjà beaucoup engagé dans le combat. On a le sentiment de ne pas être un bon parent si on laisse tomber.
Savoir sortir du rapport de pouvoir dans l’apprentissage de la propreté (et pas que !)
Pourtant, dans l’apprentissage de la continence comme dans beaucoup d’autres domaines, lâcher prise n’est pas renoncer. C’est même souvent la condition sine qua non pour débloquer la situation. Et pour savoir si le « non apprentissage » est un réel blocage dû à l’enfant ou une forme de résistance à votre insistance.
Beaucoup de parents me demandent : « Et les récompenses ? Les tableaux de suivi ? Est-ce que ça marche ? ».
La réponse est nuancée. Le renforcement positif est un outil extrêmement efficace pour encourager un enfant, célébrer ses succès et rendre l’apprentissage ludique. J’ai d’ailleurs rédigé plusieurs articles sur mon blog à ce sujet, que je vous invite à consulter (les liens sont à la fin de l’article).
MAIS, attention : le renforcement ne fonctionne que s’il est proposé dans un climat de confiance.
Si vous êtes déjà installés dans un rapport de pouvoir, si l’enfant sent que la récompense est en réalité une pression déguisée pour le faire obéir, alors cela ne marchera pas !
Pire, cela peut renforcer la résistance et augmenter votre propre colère et votre frustration. Le renforcement doit être une célébration partagée, pas un outil de contrôle.
Si la relation est tendue, commencez par apaiser le climat avant de sortir les autocollants ou les petits cadeaux.
Donc si vous sentez que la tension monte chez vous, que la propreté deviennent un enjeu de conflit : stop. Retirez la pression. Remettez à plus tard. Rappelez à l’enfant qu’il saura faire plus tard, quand il sera « grand ».
En résumé au sujet de la propreté
Pour résumer cet épisode, retenez trois choses :
La continence est un apprentissage social, pas juste une maturité biologique. Attendre passivement que « ça vienne tout seul » peut fonctionner mais revient souvent à retarder un apprentissage qui aurait pu se faire plus tôt sans problèmes.
La clé de la réussite, c’est l’absence de rapport de force. Que vous choisissiez une approche neutre ou le renforcement positif, rien ne fonctionnera durablement si l’enfant se sent contraint.
Si vous vous sentez pris dans un rapport de force, et en difficulté pour en sortir, ça vaut la peine de prendre du recul pour identifier ce qui vous pousse à tenir bon malgré l’opposition ( et éventuellement de vous faire aider pour cela).
Merci de m’avoir écoutée. Si ce sujet vous parle, si vous voulez des précisions sur l’hygiène naturelle ou le renforcement positif … ou d’autres sujets, n’hésitez pas à me le faire savoir !
Pour aller plus loin
Les autres articles sur la propreté sur le blog :
- Mon enfant n’est pas propre à 4 ans, que faire ?
- Au secours, c’est la rentrée et mon enfant n’est pas propre
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