fesseeHier j’animais une conférence sur le thème de « Poser des limites« . Et à la fin on m’a interpellée pour me demander ce que je pensais du débat actuel autour de la fessée.

Franchement, vous voulez que je vous dise ?

Y en a marre des débats d’idée.

Ras-le-bol.

Quelle idée constructive est déjà sortie d’un débat d’idée ?

A mon avis, absolument aucune.

Mais en France, il me semble qu’on aime bien ergoter, débattre et se glorifier d’avoir des idées. Si tu n’es pas un bon orateur, t’es mort. Si tu ne fais pas de belles envolées lyriques, tu ne vaux rien.

La politique en est un bel exemple : chaque parti sort du débat renforcé dans ses propres opinions et énervée contre l’autre parti qui décidément ne comprend rien à rien et est visiblement de mauvaise foi.

En fait, tant qu’on en reste à la théorie, tout le monde a raison – ou bien tout le monde a tort, je n’arrive pas à trancher sur ce point – et je ne vois pas comment on peut arriver à un accord si on en reste à la théorie.

Le débat sur la fessée n’est qu’une illustration de ce problème.

Et vas-y que je t’emplafonne à coups de

L’enfant souffre psychologiquement.

Ce qui est  vrai pour beaucoup d’enfants qui reçoivent des fessées.

Ce à quoi l’autre partie répond

Beaucoup d’adultes ont reçu des fessées et n’en ont pas souffert.

Ce dont je ne doute pas non plus (même si cela va probablement surprendre les gens qui me lisent).

Un aparté sur le déni (qui va me mettre à dos tous les psys mais je ne suis plus à ça près)

J’en profite pour préciser que le déni me semble un concept bien pratique pour auto- valider ses propres théories.

Ainsi, si je pense que les gens qui ont souffert de la fessée font un déni, le simple fait qu’ils disent « mais non je n’en ai pas souffert » me confirme MOI dans le fait que, c’est vrai, ils en ont souffert puisqu’ils disent le contraire. Et si vraiment ils n’ont pas souffert, ils font comment pour me le prouver ???

Bref, pour ma part, je suis un peu benête et je crois les gens quand ils me disent qu’ils vont bien. A tort peut-être mais c’est ma façon de faire.

Mais revenons-en à nos moutons – ou à notre débat sur la fessée si vous préférez.

Sortir des rapports de pouvoir

Ce que je pense, c’est que tant qu’on se bat contre les idées des autres, on n’avance pas.

Quand nous voulons imposer une loi contre la fessée, quand nous essayons de convaincre d’autres personnes qu’ils ne pensent pas « comme il faut », nous sommes encore dans le rapport de pouvoir, dans l’opposition.

Et cela ne mène à rien. Et ne mènera jamais à rien.

C’est PRECISEMENT de CE rapport de pouvoir-là qu’il faut sortir pour éduquer nos enfants sans punition ni fessée. Et c’est précisément ce que nous faisons avec les adultes qui ne partagent pas nos idées. Cohérence quand tu nous tiens …

J’aime beaucoup Edwige Antier, je partage beaucoup de ses points de vue. Mais je pense que sa façon de mener le combat n’est pas la plus efficace qui soit.

Pour ma part, sincèrement, je me contrefiche de ce que les gens pensent. Ce qui compte pour moi, c’est ce qu’ils font !

Si quelqu’un pense « une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne » mais que, dans les faits, cette personne ne tape jamais son enfant, est-ce si important que ça de lui mettre les idées « à l’endroit » ? (et puis à l’endroit de quoi je vous le demande ???)

La question pragmatique

Je pense qu’une question, une SEULE, pourrait mettre tout le monde d’accord (ou presque) :

Si vous pouviez obtenir le MEME RESULTAT éducatif qu’actuellement

sans donner de fessée et sans punir,

continueriez-vous à fesser et à punir ?

 

Hier soir, j’ai posé cette question aux 80 personnes qui étaient présentes à ma conférence.

Elles ont toutes répondu unanimement

NON

nous ne donnerions plus de fessées

et nous ne punirions plus.

 

Alors si vous aussi vous avez envie de répondre NON à ma question, je vous dis juste :

Les moyens pour éduquer les enfants sans fessée ni punition existent.

Ils sont accessibles, simples, lucides.

Vous les trouverez, entre autres, dans les livres dont je parle sur ce blog régulièrement, auprès d’autres parents, dans des ateliers, des rencontres, …

Allez à leur rencontre et à leur découverte et vous pourriez être surpris ;-).

 

Et, si, comme moi, vous avez envie de faire connaitre ces outils, n’hésitez pas à diffuser cet article à vos contacts 😉 !

Photo Credit: biphop via Compfight cc

Des livres sur l’éducation positive (si vous ne voyez pas les liens ci-dessous, c’est parce que votre navigateur utilise un bloqueur de pub, les liens venant d’Amazon sont considérés comme de la publicité) :




  1. Au risque de rester dans le débat d’idée Je ne suis pas sûre d’être entièrement d’accord avec vous…certes si tout le monde avait les outils personne ne taperait mais en attendant que tout le monde les ait un enfant meurt sous les coups tous les deux jour en France…

    • Mon avis est le suivant : ceux qui répondent non à la question précédente iront chercher les outils et le soutien nécessaire. Ils ont envie de faire différemment et n’ont pas besoin d’être sanctionnés mais soutenus. Avec du soutien, ils taperont moins, voire plus du tout.
      Mon article « une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça » vous expliquera mon point de vue à ce sujet.

      Pour les autres, rien ne les convaincra de faire autrement. Pour ceux-là, la loi existe déjà et elle est suffisante si elle est correctement appliquée.

    • Bonjour Sandrine
      Tout à fait d’accord avec Madeline
      La loi est peut être correctement appliquée (quoi que j’en doute parfois)mais elle n’empêche pas le crime !
      La loi contre la fessée , je suis pour, car force est de constater que seul « la peur du gendarme » et la prévention (en espérant qu’elle existera) font changer les consciences .
      Aprés tout moi aussi je mettrai bien une gifle ou une fessée à celle qui me passe devant à la caisse l’air de rien .Je ne le fais pas (aussi) par respect , nos enfants le valent bien aussi.
      Le risque de cette petite violence régulière n’est il pas de banaliser la violence ?
      A bientôt

      • En quoi dire « si vous avez envie de cesser d’utiliser la fessée, il existe des moyens pour le faire » serait-il une banalisation de la violence ?

        Les parents qui tapent sont en grande partie des parents qui aimeraient faire autrement. Ils ont juste besoin d’entendre que c’est possible et que des outils leur soient proposés, pas d’être une fois de plus stigmatisés parce qu’ils ne font pas ce qu’il faut.

      • En relisant ton commentaire, je me dis aussi qu’il y a une petite incohérence : tu dois toi-même que la loi n’empêche pas le crime. Je pense que cela s’applique aussi à la fessée ;-).
        Et on donnera plus facilement envie aux parents d’avoir recours à d’autres outils si on les met dans une dynamique positive d’acquisition de compétences que si on les menace de les « punir ».

  2. Moi j’aime votre article et j’y adhère parce que je suis convaincue par la non violence éducative mais que bien malgré moi il m’arrive d’être en colère de crier et malheureusement il m’est déjà arrivé de frapper… Et dans ces moments là me faire la morale ne m’aide pas du tout… Cela empire plutôt mon état de colère et la culpabilité que je ressens déjà vis à vis de moi même…

  3. Ecriture Plurielle a dit :

    Bonjour,
    Cet article fait très plaisir. Il réhabilite le « faire » de manière efficace et incite à la compréhension. Cela dit, je me dis quand même que les idées ont leur intérêt aussi (et qu’il ne faut pas les jeter avec l’eau du bain…).
    Je m’empresse de transférer tout cela aux heures de colle au lycée !
    Belles batailles verbales et merci encore,
    Céline.

  4. Marie-Laure di Mango a dit :

    Le débat est passionnant!
    En effet, la loi « anti fessées » n’est pas suffisante pour résoudre les problèmes d’éducation. Si elle existe, elle peut aussi avoir l’inconvénient de culpabiliser les personnes qui ne connaissent pas d’autres réponses à celles qu’elles ont probablement héritées dans leur enfance. Non seulement, elles donnent des fessées mais en plus c’est mal! Et en plus, leur enfant qui grandit leur dit « c’est interdit !!! »
    Après, il me semble que les pays qui ont cette loi sont plutôt une référence en terme de non violence éducative. J’aime bien quand Edwige Antier explique : « Ma loi propose « l’abolition » des châtiments corporels, à inscrire dans le code civil, pas dans le code pénal. Elle ne les assortit pas de sanctions, mais s’accompagne d’une aide pour les parents. C’est un engagement de la société pour une éducation dans le respect de l’enfant ; pour lui apprendre dès ses premières années que l’on ne résout pas les conflits par la violence. »
    Je trouve personnellement que c’est important que la norme donnée par la loi soit « sans fessées » car même si ça arrive, même si ce n’est pas forcément grave, cela permet à chacun de s’interroger sur sa légitimité. Aujourd’hui, pour la majorité des gens, éduquer avec des fessées va plutôt de soi, cela permet de leur dire « et ben non pas forcément » sans forcément les sanctionner. Evidemment, cette loi doit s’accompagner d’un vrai accompagnement des familles notamment de programmes d’éducation positive qui seraient systématiquement proposées aux futurs parents, bref ce que tu fais déjà Sandrine mais plus largement diffusés. En gros, je ne comprends pas trop ce qui te gêne dans cette loi.

    • Je suis partagée sur cette loi et je ne sais pas si c’est une bonne chose ou pas.
      C’est surtout la façon dont le débat est mené qui me gêne à vrai dire.
      Et l’esprit « punitif » de la loi malgré tout ce qu’on peut mettre autour.

  5. Christine Klein a dit :

    Bonjour Sandrine
    Après la lecture de ton article , je m’interroge aussi. Spontanément, je suis pour cette loi, mais pas pour la sanction/punition, mais pour l’éducation des parents. Pour faire évoluer notre société et surtout « débanaliser » la claque/fessée/tape, que cela soit inscrit dans le code civil et non dans le code pénal me parle en tout cas. C’est aussi un moyen de voir le financement de campagnes de prévention, pour qu’un plus large public puisse savoir que l’on peut faire autrement, et du coup le financement institutionnel de formations de prévention. Car ceux qui ne viennent pas chercher le « comment faire différemment qu’en tapant » de façon spontanée auront peut être l’idée de le faire si l’info vient de la télé, de la MJC du coin, du journal local… Ce qui me trouble c’est que les enfants sont la seule catégorie de personnes ( voire d’êtres vivants!) que l’on a le droit de battre impunément en France pourvu que l’on ne laisse pas de traces visibles. Alors je te rejoints, le débat d’idées est peut être sans fin, l’idée de punir les parents nous remet encore une fois dans une relation de pouvoir.
    Mais je me questionne : n’est-ce pas la façon la plus efficace de faire passer l’info au plus grand nombre? et surtout de trouver des financements pour sensibiliser, créer une ouverture auprès de personnes qui n’auraient pas été la chercher d’eux-mêmes? et de les informer/former si ils le désirent?
    Une belle journée à toi
    Christine

    • Bonjour Christine

      Désolée de ma réponse tardive.
      je suis moi aussi partagée sur cette loi car il me parait important aussi de communiquer et d’informer sur ce qui est possible.
      Je pense qu’il est possible de le faire sans loi.
      Mais dans tous les cas, il va falloir former tous les professionnels : médecins, travailleurs sociaux, psys, … à la communication avec les parents d’abord.
      J’y réfléchis d’ailleurs.

  6. « La loi contre la fessée , je suis pour, car force est de constater que seul « la peur du gendarme » et la prévention (en espérant qu’elle existera) font changer les consciences . »
    Il existe déjà des lois contre la maltraitance. faut-il une loi sur les fessées ? Sincèrement, une telle loi n’aurait aucune application ou presque : où commence la fessée ? La tape de réprimande vis-à-vis d’un enfant est-elle une fessée ? Qui témoignera (qui dit loi dit justice, enquête, témoins, etc.) ?
    Et si la prévention peine à oeuvrer pour protéger les enfants massacrés (je doute que ces enfants soient morts d’une « fessée »), alors que les textes en ce sens existent depuis longtemps, faut-il vraiment débattre à l’assemblée et au Sénat pour dire que c’est mal ?
    La loi, c’est important. On ne fait pas une loi pour créer « la peur du gendarme » : on fait une loi pour donner à la justice les moyens de réprimer effectivement les crimes et les délits (en l’occurrence, la fessée resterait un délit). Pas juste pour dire sans faire : on est noyé sous les lois sans textes d’application. Dans ce cas, je parie que ces derniers ne verront jamais le jour….

    • Dans les pays où cette loi existe depuis longtemps les textes d’application existent et ils ne sont pas punitifs.
      les parents sont soutenus et accompagnés de façon positive (ateliers pour les parents, formation, …) et non sanctionnés.

      Et cela marche.

  7. Merci, je transmet… Je ne voulais pas mettre d’article sur mon Blog, parce que justement je n’avais pas envie du débat pour ou contre, mais votre article me plaît bien, et rentre dans ma cohérence, dans le respect de l’autre et le non jugement. En plus de découvrir un blog a suivre! Belle continuation!

  8. Bonjour Sandrine,
    Je suis tellement d’accord avec toi sur la question de la fertilité du débat d’idées !!!!! C’est vraiment la réflexion (et au delà de la réflexion, l’expérimentation intérieure) dans laquelle je suis depuis plusieurs semaines. Cela me fait penser à un message que j’avais publié sur la page FB EBPP dans lequel j’exprimais ma contrariété face au fait de prôner la coopération, les solutions gagnant-gagnant, le respect de soi et de l’autre tout en étant dans la démarche de confrontation et le désir de convaincre pour faire passer ces idées. Et du fait le manque de congruence ! J’ai vraiment l’intime conviction que la société ira beaucoup mieux et ne sera plus aussi dispersée le jour où l’on ne sera plus dans ce clivage : j’ai raison/tu as tort mais que l’on sera dans une réflexion commune, en lien avec nos besoins, nos émotions, nos envies et en respectant ceux des autres… et là on ne peut pas dire « ton besoin est mon légitime que le mien » ou « ton émotion n’a pas autant de valeur que la mienne »… Le jour où l’on aura compris ça, je pense que l’on aura fait un grand pas… Et pour moi, ça n’a jamais été aussi valable qu’en politique ! Je me suis toujours dit que derrières leurs débats d’idées se cachaient des compétitions de besoins dont ils n’ont probablement même pas conscience et que la population suit la personnalité politique qu’il sent avoir des besoins au plus près des siens (euh, suis-je claire ? lol). En tous cas, je suis vraiment 100% d’accord avec ce que tu dis.

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