Pourquoi mon enfant ne m’obéit pas : l’illusion du contrôle parental
J’anime régulièrement des conférences pour des parents. Et à chaque fois arrive l’inévitable question « Je fais quoi si mon enfant ne m’obéit pas et refuse de faire ce que je lui demande ? ».
C’est généralement le moment où je parle de l’importance de responsabiliser ses enfants (et ses ados).
Et où j’obtiens la réaction habituelle face à la notion de responsabilisation, c’est à dire la confusion entre la responsabilisation et la démission : « Oui mais si on fait ça, ils ne vont rien faire, ils ne vont pas se mettre au boulot ! ».
Et où on me retourne avec insistance la question « comment faire pour que mon enfant fasse ce que je lui demande de faire ? »
Comme cette question revient très souvent – aussi bien en conférence qu’en accompagnement – je me suis dit qu’il serait utile d’en faire un épisode entier … et le voici !
EP.36 Mon enfant n'obéit pas : l'illusion du contrôle parental – Du côté des parents !
Parlons d’abord de l’injonction au contrôle
La société enjoint très fort les parents à avoir le contrôle sur leurs enfants.
Un gamin fait trop de bruit dans le train ou la salle d’attente ? C’est le parent qui ne sait pas gérer ! L’idée que l’enfant soit fatiguée, atteint d’un trouble, qu’il ait du mal à gérer son impatience ou son stress n’effleure pas l’esprit des gens.
Un enfant fait des bêtises ou même des actes vraiment répréhensibles, se comporte mal avec ses enseignants, ses camarades de classe ? Forcément ses parents sont démissionnaires, ne savent pas éduquer, n’ont pas fait « ce qu’il faut » … bien que personne ne sache à quoi correspond vraiment le « ce qu’il faut ».
Bref, à la moindre incartade, c’est le parent qui est condamné, avant même l’enfant (notre société semble quand même avoir dans une certaine mesure compris que les enfants étaient immatures et qu’il était dans l’ordre des choses qu’ils fassent « des bêtises »).
Mais l’injonction à « bien se tenir » qui reposait par le passé sur les enfants est devenue une injonction faite aux parents à « bien tenir » leurs enfants.
Je vous épargne la longue lintanie des injonctions politiques à propos des parents chaque fois qu’on aborde le sujet du comportement des enfants.
Les enfants trop sur les écrans ? la faute des parents !
Les émeutes dans la rue ? La faute des parents !
Tout, absolument tout ce qui concerne les enfants est de la faute des parents.
Notre société toute entière promeut l’idée que les parents DOIVENT absolument avoir du contrôle sur leurs enfants. Et que tout « mauvais » comportement de l’enfant est le signe immanquable d’un échec éducatif.
« Mauvais » comportement = échec éducatif des parents ?
Dans ce contexte, pas étonnant que les parents cherchent à savoir quelle est LA bonne manière de faire en sorte que les enfants produisent tel ou tel comportement.
Et je le dis tout de suite : pas étonnant non plus qu’ils ne trouvent pas la solution qu’ils cherchent.
TOUT SIMPLEMENT PARCE QU’ELLE N’EXISTE PAS !
La réalité est toute simple : nous n’avons pas le contrôle de nos enfants.
Relisez cette phrase autant de fois que nécessaire pour bien l’intégrer : NOUS N’AVONS PAS LE CONTROLE DE NOS ENFANTS. Ou encore : IL N’EXISTE AUCUN MOYEN DE DETERMINER LE COMPORTEMENT D’UN ENFANT.
J’ai déjà raconté cette scène dans l’épisode « Et si la bonne règle n’existait pas ? ». Mais je veux y revenir pour bien enfoncer le clou.
L’une des premières fois où cette réalité de l’absence du contrôle sur LES enfants m’a frappée de plein fouet, c’était au supermarché.
Mes enfants – de 2 et 4 ans environ à l’époque – étaient assis dans le caddie, à rigoler comme des baleines. Et d’un coup, ils se sont mis à hurler comme des sirènes (pas celles avec des queues de poisson, celles qu’on trouve sur les camions de pompier !). Tellement fort que j’en ai eu mal aux oreilles et que j’ai dû m’éloigner du caddie quelques secondes.
J’étais un peu honteuse de la situation et très embarrassée du dérangement que cela imposait aux autres clients. Et je me suis demandée comment mettre fin à cette situation tout à fait gênante …
C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je n’avais absolument aucun moyen de faire cesser ces hurlements si mes enfants ne DECIDAIENT PAS d’eux-mêmes de se taire.
Je pouvais tenter de les attendrir avec des cadeaux, des sucreries ou des promesses. Ils ne s’arrêteraient QUE s’ils décidaient de me faire confiance pour leur donner réellement ce que j’avais promis et aussi si le plaisir attendu de ces diverses propositions leur semblait supérieur au plaisir de crier.
Je pouvais tenter de les menacer de punitions diverses; Ils ne s’arrêteraient QUE s’ils anticipaient que ma menace était crédible, c’est à dire s’ils sentaient que j’étais vraiment prête à exécuter ce que j’avais annoncé ET s’ils décidaient que les effets désagréable des punitions étaient supérieurs au plaisir de crier.
Et même les frapper – en imaginant que ça ait été pour moi une option envisageable – était une punition comme les autres, c’est à dire qu’elle ne fera changer le comportement que si vraiment l’enfant trouve ça très désagréable, ce qui n’est pas aussi évident que ça a en l’air. Mais je reviendrai sur ce point par la suite.
Bref, j’étais dans l’impasse la plus totale … Le seul moyen de réduire mes enfants au silence aurait été de les baillonner, méthode radicale mais tout à fait illégale … et surtout très temporaire, le cri pouvant reprendre dès qu’on enlève le baillon ! (c’est de l’humour je précise)
Dit plus clairement et explicitement, ce que j’ai réalisé ce jour là c’est qu’un enfant – ou n’importe quel autre être humain – ne se plie à vos demandes que s’il a décidé de le faire, quelle que soit la manière dont vous vous y prenez pour tenter de l’influencer.
Les effets secondaires négatifs de la recherche du contrôle sur nos enfants
La croyance qu’il existerait un moyen de FORCER un enfant à faire ce qu’on veut a des effets secondaires négatifs sur le développement des enfants, sur la relation entre parents et enfants, et même sur notre confiance en nous en tant que parents.
Premier problème – et non des moindres – elle nous entraine régulièrement dans des conflits de pouvoir. Ces conflits ne permettent absolument pas à l’enfant de faire les apprentissages quand il a besoin d’en faire, et même ils les empêchent. J’en ai déjà touché 2 mots dans mon épisode précédent sur l’apprentissage de la propreté, mais je vais développer.
Mes accompagnements m’ont permis de constater à quel point le conflit de pouvoir est un piège qui enferme les enfants (et leurs parents- dans un paradoxe insoluble.
En effet, le conflit de pouvoir, la volonté de contrôler le comportement de l’enfant, de le contraindre à faire ce que le parent attend, place l’enfant dans un dilemme douloureux, ce qu’on appelle une injonction paradoxale (ou même parfois une double contrainte).
Une injonction paradoxale c’est quand toutes les alternatives auxquelles vous faites face sont douloureuses.
Quand il y a conflit de pouvoir, l’alternative pour l’enfant est :
- soit de se soumettre et d’obéir, ce qui implique de renoncer à son autonomie et à ses aspirations, et amène à devoir se considérer comme incapable de savoir ce qui est bon pour soi. Dans ce cas le risque est d’avoir un enfant « sage » mais qui ne fait qu’obéir aux désirs des autres sans savoir se positionner pour lui-même.
- soit de s’opposer pour ne pas renoncer à son propre ressenti, mais au prix de conflits à répétition et de la dégradation du lien. Dans ce cas, le risque est d’avoir un enfant qui s’oppose par principe et peut avoir des comportements à risque uniquement dans l’objectif de lutter contre le conflit de pouvoir
- soit, pour certains enfants de choisir une 3e voie : ayant expérimenté qu’une opposition frontale amènerait le contrôle à un niveau difficile à supporter – ou manquant d’énergie pour la lutte active – ils pratiquent une forme de résistance passive : ils ont oublié, manquent de motivation même s’ils disent « oui, oui je vais le faire ». Le risque ici est que ces enfants peuvent aller très loin dans l’auto maltraitance, la plupart du temps sans s’en rendre compte, là encore uniquement pour tenter de trouver une sortie au conflit de pouvoir.
Attention : le problème de ces injonctions paradoxales est qu’elles passent souvent inaperçues à qui n’en connait pas bien le fonctionnement.
Les parents pensent de bonne foi avoir de bonnes raisons de se comporter comme ils le font, ne voyant pas forcément dans quelle contradiction ils plongent leurs enfants.
Certains parents sont simplement frustrés et en colère et estiment qu’il est important d’asseoir leur autorité. Ces parents là peuvent dire : « Quand même, il doit me respecter et faire ce que je lui dis, c’est moi l’adulte, c’est moi qui décide ». Dans ce type de situation, il est assez facile de reconnaitre le conflit de pouvoir.
Mais l’immense majorité des parents sont bien intentionnés : ils veulent éviter à leur enfant des difficultés et des conséquences désagréables, ils veulent transmettre des comportements utiles. La crainte que leurs enfants ne fassent pas « le bon choix » les poussent alors à insister, répéter et chercher tous les moyens possibles et imaginables pour « contraindre » leur enfant à adopter ce qu’ils jugent être LE bon comportement.
Le pire, c’est que souvent, ils ont raison !
Mais comme le dit Paul Watzlawick « devenir adulte c’est faire quelque chose malgré le fait que vos parents vous l’ait recommandé ».
Autrement dit on devient adulte quand on cesse de s’opposer par principe.
Et les parents les mieux intentionnés du monde ne mesurent pas à quel point leur insistance à provoquer certains comportements entraine une résistance du côté des enfants et des ados !
Ces conflits de pouvoir sont le principal effet secondaire négatif de cette croyance dans notre capacité à contrôler nos enfants. Mais ce n’est pas le seul problème.
L’autre effet secondaire de cette croyance, c’est de nous mettre inévitablement nous les parents en échec. Et donc de créer de toute pièce des manques de confiance dans ses compétences de parent et des escalades relationnelles douloureuses.
Bref nous aurions tout à gagner à laisser tomber cette idée.
Est-ce que ça signifie qu’il suffit de laisser pousser nos enfants comme des herbes folles sans intervenir pour que tout se passe bien ? évidemment que non !
Ce serait une manière de retomber dans une manière binaire de penser : si quelque chose est mal alors l’inverse est forcément bien. Et ce n’est pas vrai.
Ce que la prise de conscience sur notre absence de contrôle change
En tant que parent, on peut déjà commencer par apprendre à différencier contrôle et influence.
Evidemment que l’idée est que les parents aient une influence sur leurs enfants (et de préférence une bonne !). On peut alors orienter une majorité de nos actions sur les manières d’avoir de l’influence sur nos enfants plutôt que du contrôle.
Et cela passe d’abord par construire une relation de confiance, où chacun se sent respecté et apprécié pour ses capacités, reconnu et valorisé pour ce qu’il est.
Cette influence va donner plus de poids à nos paroles. Je me permets d’ajouter que l’influence passe aussi souvent par une parole un peu plus rare … Quelqu’un qui nous donne tout le temps des conseils sur tout et n’importe quoi finit par perdre en crédibilité en quelque sorte.
Est-ce que ça veut dire aussi qu’on doit renoncer aux tentatives de contraindre ou de récompenser pour chercher à orienter le comportement de l’enfant ? Non plus. Encore une fois dans le cadre d’une relation saine (où les besoins et ressentis de l’enfant sont entendus et pris en compte), et tant que vous n’êtes pas dans un conflit de pouvoir, ces approches peuvent permettre à l’enfant de faire les apprentissages dont il a besoin : faire ses devoirs, réduire son temps d’écran, se laver ou aller se coucher, quel que soit le sujet.
C’est lorsque qu’on a basculé dans le rapport de pouvoir que ces méthodes finissent par provoquer exactement l’inverse de ce que les parents espéraient. Et qu’il est temps d’y renoncer pour responsabiliser l’enfant ou l’ado, c’est à dire lui laisser prendre le risque de faire le mauvais choix.
Lâcher cette illusion du contrôle, ce n’est pas abdiquer ni devenir un parent démissionnaire. C’est un acte de courage et de confiance dans les capacités de son enfant à faire le bon choix (pas forcément du 1er coup remarquez bien !).
Ce n’est pas simple parce qu’on est confrontés dans ce cas à nos peurs à nous (et c’est là qu’on peut avoir besoin d’aide pour s’en sortir).
Alors la prochaine fois que vous sentirez cette montée de stress parce que votre enfant ne fait pas ce que vous attendez, posez-vous cette simple question : « Est-ce que je suis en train d’essayer de contrôler son comportement pour m’apaiser moi ? Ou est-ce que je suis en train de l’aider à construire sa propre responsabilité ? »
En complément je vous invite vivement à (re)lire les articles suivants :
- quelle différence entre menacer et poser une limite ?
- comment responsabiliser son ado ?
- Quelles sont les causes des conflits ?
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