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Les Vendredis des Parents : Mon enfant est insatiable, il veut toujours de plus gros cadeaux

15 mars 2013 8:30

Voici la question de cette semaine :

J’ai 2 enfants. Le grand de 9 ans adore les jouets, en avoir encore et encore .
Il est insatiable, et ce, depuis très jeune.

Il n’a évidemment pas tout ce qu’il veut, et reçoit des cadeaux pour ses anniversaires et noël, et parfois pour des occasions moindres.
Nous ne sommes pas à plaindre niveau finances, mais nous devons malgré tout faire attention .
Nous ne voyons, avec notre mari, pas de raisons pour lui acheter des jouets à la moindre petite occasion.

Il attend son anniversaire qui est dans quelques jours . Au lieu de se réjouir de bientôt avoir ce qu’il souhaite (il a demandé à ses grand-parents, et il m’a fait une liste), le voila qui se plaint de ne pas avoir de super gros jouets chers, qu’il n’a pas demandé car il sait qu’on ne lui achètera pas .
En fait, il est jaloux de ses copains qui aiment la même chose que lui et qui en ont bien davantage.

Comment gérer cette frustration ? Comment lui expliquer que l’on n’a pas de cadeaux sans cesse ?
La voix de la raison ne fonctionne pas .

Comme le dit fort justement cette maman, la voie de la raison ne fonctionne pas.
Il est donc temps d’expérimenter autre chose puisque les choses logiques et de bon sens – faire appel à sa raison -  n’a pas fonctionné.

Impossible de s’empêcher d’avoir envie !

Oui les gros jouets, ça fait envie !
Ce petit garçon sait bien que ce n’est pas possible de tout avoir mais il ne peut pas s’empêcher d’avoir envie.

Il est probable d’ailleurs – au vu de ce que me dit sa maman – qu’il se dit en lui-même qu’il ne devrait pas avoir envie ni réclamer autant. Et du coup, il se sent d’autant plus frustré et impuissant qu’une envie est incontrôlable.

Quand vous passez devant un magasin et que vous voyez quelque chose qui vous fait très envie, essayer de vous dire que vous ne devriez pas avoir envie ne marche pas. Vous pouvez éventuellement arriver à vous raisonner et à ne pas passer à l’acte en vous disant

ce n’est pas raisonnable de faire tel ou tel achat au vu de mes revenus

mais vous ne pouvez pas vous empêcher d’avoir envie.

Un autre exemple : vous rêvez de partir en vacances très loin, au soleil.
Vous regardez les catalogues, vous en parlez régulièrement, vous réfléchissez à comment vous pourriez économiser – ou gagner plus – pour vous payer ce voyage de rêve, même si vous pensez au fond de vous qu’il y a de grandes chances pour que vous ne fassiez jamais ce voyage.

Si quand vous regardez les catalogues ou les livres sur votre destination favorite, ou chaque fois que vous en parlez, votre conjoint-e vous dit

Mais enfin tu sais bien qu’on n’aura jamais les moyens !
Arrête de regarder ces catalogues d’agence de voyage, tu n’es pas raisonnable …

Ou pire encore : il/elle soupire à chaque fois que vous feuilletez une revue de voyage. Ou bien il vous demande d’interrompre votre lecture au bout de quelques minutes en disant

C’est assez maintenant, ça ne sert à rien de continuer à regarder ça !

Ce n’est pas bon pour toi !

Je pense que vous sentiriez très énervé contre cette personne.
Non seulement vous auriez toujours envie mais en plus vous vous sentiriez incompris.

Quand on a très envie de quelque chose de déraisonnable, essayer de se convaincre qu’on n’a pas envie est souvent une mauvaise idée.

Le désir – comme toutes les émotions à vrai dire – fonctionne sur un principe cumulatif. C’est un peu comme la carte de fidélité de la colère.

En accumulant beaucoup de désirs sur lesquels on met le couvercle en s’interdisant de les ressentir, on prend le risque qu’ils finissent par sortir de façon explosive: achats impulsifs par exemple, conduite à risque, addictions, …

Se dire qu’on ne peut pas l’avoir est différent de se dire qu’on ne devrait pas avoir envie.

Que faire alors ?

J’ai déjà évoqué le sujet du désir des enfants mai sur un sujet plus « light » par ici dans l’article « de l’utilité d’implanter une usine dans mon salon … Gérer la déception d’un enfant ».

Reconnaitre l’envie … et laisser la raison de l’enfant parler, ne pas raisonner à sa place.

Parce que oui, les boites de Lego, ça fait envie (même à moi qui aie pourtant théoriquement passé l’âge !) Et les Playmobil aussi. Et les jeux vidéo aussi !
Dans un monde de marketing où tout est fait pour susciter l’envie, le désir, il ne s’agit pas de faire taire son désir – chose impossible par essence – mais d’apprendre à le gérer.

Quand la voie de la raison n’a pas fonctionné, ce qui aide l’enfant c’est généralement de partager avec lui son désir. Explorer avec lui son intérêt pour ses boites merveilleuses :

Ce serait chouette si on en avait plein.
Oh la la qu’est-ce qu’on pourrait construire  comme scène avec ça … et ça …

Et s’autoriser à rêver avec lui !

En général, l’enfant n’a pas besoin que son désir satisfait mais simplement qu’il soit entendu.

Les enfants sont souvent beaucoup plus raisonnables que ce qu’on croit au départ. Et je suis à peu près sure que le garçon dont il est question dans cet article l’est certainement au fond : il n’a pas demandé certains cadeaux pour Noël ou son anniversaire car il SAIT que ses parents ne lui achèteront pas.
Il l’a clairement exprimé d’ailleurs.

Il ne me semble pas être dans une croyance que ses parents doivent tout lui acheter, il est juste en train de découvrir comment gérer son désir.
Et le désir est une chose puissante qui peut donner de la motivation pour travailler et gagner de l’argent par exemple pour satisfaire ses désirs.

A condition de savoir reconnaitre ses  propres désirs – et donc de ne pas s’interdire d’avoir envie – et de savoir se mettre en mouvement pour les satisfaire.

Si on pense que ce sont les autres qui doivent forcément les satisfaire, cela devient très frustrant et on devient amer par rapport aux autres de ne pas nous fournir ce dont nous avons besoin.

Et du coup, en plus de la reconnaissance de son désir, il est possible que l’autonomiser dans sa gestion de ses désirs pourrait être une piste pour avancer avec cet enfant. Lui redonner le sentiment qu’il peut LUI faire quelque chose pour satisfaire ses désirs et qu’il n’est pas uniquement dépendant de son entourage.

Cela veut passe probablement par lui laisser plus d’autonomie dans la gestion de ses désirs, de ses plaisir et de tout ce qui va avec : la gestion de son argent, de son temps sur l’ordinateur et les jeux pour qu’il apprenne à s’auto-gérer progressivement.

La maman me pose dans son message la question de l’argent de poche comme moyen de l’aider à apprendre l’autonomie et la valeur de l’argent.

Expérimenter l’autonomie financière

Je pense que c’est effectivement une bonne façon de développer l’autonomie d’un enfant et de lui donner la valeur des choses.

Il me semble important par contre que l’enfant soit libre de le dépenser comme il le souhaite, y compris sur des choses dont nous pensons qu’elles n’ont aucun intérêt.

Pour moi, le meilleur moyen d’apprendre à gérer son argent, c’est de le gérer tout seul et d’être confronté directement aux conséquences d’un achat non réfléchi : un produit de mauvaise qualité qui nous a coûté cher, un jouet pour lequel on craque et qui n’a aucun intérêt, …
La fois suivante, l’enfant y réfléchira à 2 fois avant de dépenser son argent inconsidérément et apprendra mieux le gérer.
Il apprendra aussi à gérer son budget pour acheter des objets qui dépassent la somme allouée régulièrement.
Mais cela suppose évidemment qu’il n’y a pas de rallonge quand l’enfant a tout dépensé.

Et SURTOUT que nous ne lui fassions pas la morale parce qu’il a tout dépensé ;-) mais que nous puissions reconnaitre et accompagner sa frustration et sa déception quand le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances.

Et vous, comment gérez-vous le désir ? Le votre, celui de vos enfants ?

 

Et si vous souhaitez poser d’autres questions dans la rubrique « Les Vendredis des Parents », une visite par ici vous indiquera comment faire !

 

Quelques livres sur l’éducation positive :

Les Vendredis des Parents : « comment poser des limites à un enfant tout en le respectant ? »

8 mars 2013 6:45

Voici le tout premier message que j’ai reçu dans le cadre de la rubrique « Les Vendredis des Parents » et donc mon premier article ;-)

D’abord un avertissement et un rappel :


Vous voulez poser une question à votre tour dans cette rubrique ? Alors c’est par ici : « Les Vendredis des Parents ».
Attention : Les informations dont je dispose sur la situation sont forcément partielles et ne me permettent pas de traiter complètement un cas de façon vraiment appropriée et personnalisée comme je peux le faire en accompagnement parental.

Chaque cas est particulier et demande une lecture personnelle et précise. Je ne détiens pas de solutions mais j’ai uniquement une grille de lecture qui permet des éclairages différents et très intéressants.
Je ne peux donc pas résoudre un problème avec un simple email car cela demande un travail plus fin et basé sur la réalité de la situation et non sur des hypothèses comme je vais le faire ici en grande partie.
 Cet article est donc un  éclairage sur une situation et des pistes de réflexion et en aucun cas « LA » réponse à toutes les situations similaires.

La question de parent du jour :

Quels seraient vos conseils pour poser des limites à un enfant tout en le respectant?

J’essaie tant bien que mal de pratiquer une éducation non violente avec mon fils qui aura bientôt 3 ans. Je suis généralement à l’écoute des ses sentiments.

Depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’il cherche ses limites et nos limites. Il jette tout par terre, à tendance à se jeter par terre, à se débattre, nous donne des coups de pieds quand on essaie de le contenir…

Son Papa et moi arrivons à bout de patience. On finit par hausser la voix, à avoir des gestes durs sans pourtant autant être « violent » (quoique dès que je le prends fermement j’ai cette impression d’être maladroite et violente).

Cela finit généralement en pleurs pour mon fils et moi je me sens complètement découragée…

C’est une question très courante, qui m’est très souvent posée en tout cas aussi bien en accompagnement parental que dans les ateliers « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour qu’ils parlent » que j’anime régulièrement. J’ai d’ailleurs reçu 2 demandes tout à fait similaires pour ce premier article des « Vendredis des Parents ». Et cette question est à mon avis très importante, pour ne pas dire primordiale pour l’application d’une éducation positive et respectueuse.

Pour moi il y a 2 points différents dans cette question : la (Lire la suite…)

Les Vendredis des Parents … un jour pour les questions des parents

23 février 2013 14:00

Depuis longtemps, cette idée me trotte dans la tête et j’ai eu envie de la concrétiser.
Alors voilà ce que je vous propose …

Les Vendredis des Parents …

Vous vous posez des questions sur l’éducation avec vos enfants ?

Vous vous demandez comment gérer une situation compliquée (colères, mensonges, copains, addiction, Internet, …) avec vos enfants et/ou vos ados ?

Comment dépasser une relation difficile avec un enfant ou un ado ?

Comment aider un enfant en difficulté (problèmes scolaires, angoisses, manque de confiance en soi, …) ?

Comment gérer vos réactions qui ne vous plaisent pas dans la relation à vos enfants (votre propre colère, vos peurs, …) ?

… et toutes les autres questions que vous pourriez vous poser.
Alors je vous propose une nouvelle rubrique sur le blog :

les Vendredis des Parents

En quoi ça consiste ? (Lire la suite…)

Un médecin expérimenté, une jeune maman …

11 février 2013 6:50

Il y a quelques temps, au gré de mon fil Facebook, je lisais sur le statut d’une connaissance qu’elle avait rendez-vous chez le médecin pour son enfant de pas tout à fait 2 ans. Jusque là, rien de surprenant.

Mais ce qui m’a surprise, c’est la cause de la consultation : mon enfant ne fait pas ses nuits depuis 2 mois.

Bon une consultation médicale pour éliminer une cause pathologique comme une otite qui serait passée inaperçue – c’est courant – me semble tout à fait appropriée …

Mais j’avoue que consulter un médecin pour des raisons autres que médicales me semble un peu … bizarre. (Lire la suite…)

La fessée : interdire ou ne pas interdire ?

31 août 2012 6:30

Dans de nombreux pays, notamment européens, la fessée est interdite, parfois depuis de nombreuses années.

Ainsi, la fessée est interdite dans 28 pays au monde.

Le 1er pays à l’avoir fait est la Suède en 1979. Les pays qui ont suivi son exemple sont : la Finlande (1983), l’Autriche (1989), Chypre (1994), le Danemark (1997), la Lettonie (1998), l’Allemagne (2000), la Roumanie (2004), la Hongrie (2005), la Grèce (2006), les Pays-Bas (2007)et la Pologne (2010). En Italie, il n’y a pas à proprement parler de loi contre la fessée mais un jugement de la Cour Suprème qui déclare que

« l’utilisation de la violence dans un but éducatif n’est plus considérée comme légitime. »

En France, le débat fait rage … ou plutôt ne fait pas rage justement : les Français (Lire la suite…)

La relation enseignant-élève : ses liens avec la réussite scolaire

29 juin 2012 4:00

Article publié aussi sur « Les Vendredis Intellos »

J’ai choisi cette semaine de commenter une étude Québécoise portant sur

« la relation enseignant-élève positive : ses liens avec les caractéristiques des enfants et la réussite scolaire au primaire »

Bien que cette étude ait été menée au Québec, je pense que ses résultats sont tout à fait transposables à ce qui se passe chez nous.

Vous trouverez le texte original de l’étude ici.

Le premier constat fait par l’étude est le suivant :

«Ainsi, les élèves qui font l’expérience d’une relation positive avec leur enseignante obtiennent de meilleurs résultats et font preuve d’une motivation et d’une participation plus grandes en classe (…). De plus, (Lire la suite…)

Cent fois sur le métier …

25 mai 2012 6:00

« Cent fois sur le métier remettre l’ouvrage »

dit le dicton populaire …
Comme cette maxime s’applique particulièrement bien à notre travail de parent ! Déjà parce que nos enfants font et refont, avancent puis reviennent en arrière et qu’il faut donc encore et encore reposer le cadre, ré-expliquer, redire, …
Et du coup, nous nous avons besoin de nous reposer régulièrement la question : « qu’est-ce qui coince ? qu’est-ce que je peux faire différemment ? »
Un exemple ? (Lire la suite…)

Punir, ça sert à quoi ?

13 avril 2012 5:30

Il y a déjà longtemps que je suis persuadée que la punition – privé de télé, privé de console, privé de sortie, copier des lignes, aller au coin, … – n’est pas vraiment éducative. Je voulais donc vous faire partager mes réflexions sur le sujet à partir de citation glanées ici et là depuis plusieurs années.

Mes enfants, et ceux d’autres parents dont j’entends les témoignages, ceux gardés par des assistantes maternelles que je côtoie, ceux qui sont punis par les enseignants que je peux croiser, n’ont fait que me confirmer dans cette opinion …

Ce qui m’a interpellée en premier lieu, ce sont ces enfants qui, une fois la bêtise faite, se mettent au coin tous seuls … puis recommencent illico une fois la sanction levée. Là je me dis que quelque chose n’est pas clair pour eux. C’est comme si la punition effaçait tout et qu’ils pouvaient reprendre leurs activités comme si de rien n’était, une façon de passer l’éponge, genre «c’est cool, je peux faire des bêtises, il suffit de faire la punition ensuite et hop tout va bien.»

Mais qu’est-ce qui cloche alors ?

Et je suis retombée sur une citation de Skinner -  à ce sujet. Pour ceux et celles qui ne le connaissent pas, Skinner est (Lire la suite…)

Education non violente, le grand malentendu …

22 février 2012 8:42

Je viens de lire un article – que vous trouverez ici en anglais (version originale) et dont vous trouverez ma traduction ici – à propos de l’éducation non violente qui me fait entrevoir une fois de plus à quel point ce type d’éducation est mal compris.

Une éducation mal comprise – volontairement ? – par ses détracteurs qui ne voient pas de nuance entre (Lire la suite…)

Traduction d’un article de John Rosemond sur l’éducation non violente

22 février 2012 7:45

http://www.thestarpress.com/article/20120124/LIFESTYLE/201240301
Le texte de cet article a servi de base à la rédaction de mon post : « L’éducation non violente, le grand malentendu… »

Article écrit par
JOHN ROSEMOND

Margaret Thatcher, ancienne Premier Ministre du Royaume-Uni, a dit «un des plus grands problèmes de notre époque est que nous sommes gouvernés par des gens qui se préoccupent plus des émotions que des pensées et des actes.»
De la même façon, il est aussi juste de dire que «un des plus grands problèmes de notre époque est que les enfants sont élevés et éduqués par des gens qui se préoccupent plus de leurs émotions que de leurs pensées ou de leurs actes.»
Les émotions des enfants ont été le (Lire la suite…)