Comment l’optimisme peut vous rendre malheureux …

Je rencontre régulièrement des gens d’un optimisme incroyable. Un optimisme qui est censé les aider. Et pourtant il me semble parfois que cet optimisme peut rendre malheureux. Comment ? vous demandez-vous … Et bien voilà :

Sophie se lève chaque matin en espérant que tout va bien se passer. Chaque matin, elle croise les doigts en se disant : « ce matin, je vais prendre les enfants avec bonne humeur et sérénité et tout va bien se passer. » Elle y croit. Vraiment, absolument du fond du coeur. Et puis les livres sur l’éducation lui ont bien dit : si les enfants se comportent mal, c’est que les adultes n’ont pas répondu correctement à leurs besoins. Alors elle est optimiste : aujourd’hui, elle va se rendre disponible, écouter, être patiente et les enfants vont bien se comporter. Tout va bien se passer.

Caroline se lève chaque matin en espérant que tout va bien se passer. Chaque matin, elle croise les doigts en se disant : « ce matin, mon mari va me dire des choses positives. Il va me sourire au petit déjeuner et il va me dire que je suis bien jolie. Et puis mes fils vont me féliciter pour le bon petit déjeûner que j’ai préparé. » Elle y croit. Vraiment, absolument du fond du coeur. Et puis tout le monde lui a dit de ne pas prendre pour elle les oublis et les remarques de son entourage, après tout ça leur appartient et puis ils ont peut-être des soucis de leur côté. Et puis se plaindre, ça ne sert à rien, ça entretient le négatif lui dit-on. Alors elle est optimiste : aujourd’hui, son mari et ses fils vont enfin voir comment elle est serviable, aimable et gentille avec eux. Et puis ils vont penser à son anniversaire. Tout va bien se passer.

Stéphane se lève chaque matin en espérant que tout va bien se passer. Chaque matin il croise les doigts en se disant : « aujourd’hui je vais être au top. Au boulot, à la maison, je vais être performant, faire tout ce que j’ai à faire. Personne n’y trouvera rien à redire.« . Il y croit. Vraiment, absolument du fond du coeur. Son coach lui a dit : pour réussir, il faut se projeter positivement, se voir réussir. Alors il est optimiste : il se projette à fond dans la réussite et aujourd’hui, il va réussir tout ce qu’il entreprend. Tout va bien se passer.

Leur point commun ? un indécrottable optimisme

Sophie, Caroline et Stéphane sont d’indécrottables optimistes. Ils ont envie d’y croire. Ils y croient même vraiment.

Sauf que les livres de Sophie – ceux que j’ai lus en tout cas – semblent oublier un paramètre important : les enfants sont des enfants ! Ils sont imprévisibles et incontrôlables ; leurs émotions – les désagréables aussi bien que les agréables – les envahissent entièrement et les rendent parfois imperméables à toute tentative de les aider ou de les accompagner.

Sauf que l’entourage de Caroline semble oublier un paramètre important : le conjoint de Caroline et ses fils semblent avoir tous les jours un souci plus important que de se préoccuper de Caroline.

Sauf que le coach de Stéphane semble, lui aussi, oublier qu’on ne réussit pas tout, tous les jours. Que vivre des échecs fait aussi partie du chemin.

Bref, tous beaux mantras que se répètent en boucle Sophie, Caroline, Stéphane et bien d’autres autour d’eux sont d’un bel optimisme indécrottable, dans la veine de la pensée positive et autres projections dans la réussite. Mais sont-ils aussi efficaces qu’on veut bien nous le dire

Mais la déception est toujours là …

Mais le bel optimisme de Sophie, Caroline et Stéphane est mis à mal chaque jour par la réalité.

Jour après jour, les enfants de Sophie se comportent comme des enfants. Et Sophie essaie tant bien que mal d’appliquer les beaux concepts qu’elle a appris en s’imaginant que cela va enfin rendre ses enfants raisonnables.

Jour après jour, le conjoint et les fils de Caroline se comportent comme des goujats. Et Caroline se rend serviable et aimable, en imaginant qu’ils vont enfin voir à quel point elle fait des choses pour eux.

Jour après jour, Stéphane se comporte comme un être humain normal. Et il continue à s’imaginer qu’il va enfin trouver le moyen de tout faire parfaitement.

la déception, un vase briséJour après jour, Sophie, Caroline et Stéphane sont déçus. Déçus des autres, déçus d’eux-mêmes, déçus du monde qui les entoure. Mais la déception, ce n’est jamais facile à digérer et à accepter. Surtout si accepter la déception signifie renoncer à un espoir immense, gigantesque, à quelque chose de primordial pour nous. Alors il devient presque impossible de renoncer. On VEUT y croire. On DOIT y croire. Encore et encore, coûte que coûte.

Mais chaque jour l’espérance est atteinte et chaque jour, nous la recollons. Comme un vase qu’on fait tomber chaque jour, qui se casse et que l’on recolle.

Recoller le vase, c’est précisément ce que font chaque jour Sophie, Caroline et Stéphane. Chercher les morceaux et les recoller sans voir l’impact que cela a : celui d’entretenir la mécanique de la déception.

A chaque recollage le vase devient plus fragile, plus fin. Et un jour, il finit par se briser de lui-même, sans même qu’on le touche, juste sous un souffle d’air.

La déception une émotion terriblement consommatrice d’énergie

Chaque déception consomme une quantité d’énergie terrible. La déception est l’émotion qui nous met par terre, qui nous fait tellement mal qu’il faut puiser loin dans les réserves pour se relever. Lorsqu’on rencontre beaucoup de déception, notre énergie est mise à mal : nous risquons d’avoir du mal à nous mobiliser même pour des choses très simples et qui nous font plaisir. Quelque chose de l’ordre de la dépression.

La déception est une dépression, au sens propre du terme : la dépression, c’est là où la pression est inférieure à celle du milieu environnant. Et lorsque nous sommes déçus, nous sommes dans une phase où nous ne pouvons plus nous mettre la pression :-).

Le problème, c’est que, quand notre réservoir d’énergie est vide, nous n’avons plus les réserves pour faire ce qu’il faudrait pour gérer la situation : pour Sophie, être à l’écoute, se rendre disponible demande de l’énergie, de la patience, du temps : pour Caroline, poser ses limites clairement demande de l’énergie, du courage ; pour Stéphane, affronter ses « ratés » ou les critiques de son entourage professionnel demande du courage, de la confiance.

Quand l’optimisme rend malheureux …

Et dans beaucoup de cas que je rencontre dans mes accompagnements, l’optimisme devient un obstacle à la résolution du problème. Lorsqu’il nous est trop douloureux d’affronter la déception, nous préférons parfois fuir dans l’optimisme. Mais plus nous fuyons, plus la déception prend de l’ampleur et plus il devient difficile de l’affronter. Alors que c’est précisément en l’affrontant que nous pourrons nous donner de meilleures chances de résoudre le problème.

Que se passerait-il si Sophie se mettait à considérer que, oui ses enfants sont effectivement des enfants et que peut-être rien de ce qu’elle pourra faire ou dire ne changera leur comportement à certains moments ?

Que se passerait-il si Caroline se mettait à considérer que, oui son conjoint et ses fils sont sans doute d’irrémédiables égoïstes et que, peut-être, ils ne reconnaitront jamais d’eux-mêmes sa serviabilité et son abnégation ?

Que se passerait-il si Stéphane se mettait à considérer que, oui il va rater des trucs et que peut-être que même s’il fait tout au mieux, quelqu’un – lui-même parfois – va trouver à redire à son travail ?

Et bien, se mettant moins la pression, ils pourraient se mettre à considérer la réalité de ce qu’ils ont en face d’eux … et commencer à agir en fonction de celle-ci et non en fonction de ce qu’ils croient être la meilleure façon de faire.


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Quelques livres

Sandrine Donzel

Inspiratrice de bienveillance ... envers les autres et envers soi-même :-) ... Coach, formatrice, conférencière et auteure du blog S Comm C

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3 pensées sur “Comment l’optimisme peut vous rendre malheureux …

  • 23 février 2017 à 11:04
    Permalink

    Toujours des articles qui font mouche ! Merci Sandrine.
    J’aime beaucoup la citation que tu as ajoutée en image à la fin de l’article.
    Je pense qu’on porte tous énormément d’espoir dans divers domaines. Hier, je suis sortie d’un cycle de conférences scientifique sur l’agroécologie. L’orateur nous a rappelé à quel point, malgré le travail accompli, nous avions encore beaucoup de lacunes de savoirs. En fin de séance, un petit vent d’abattement était tombé parmi toutes ces personnes qui donnent de leur mieux pour accomplir un projet, changer les choses. C’est dur je trouve, d’admettre que nous ne pouvons pas tout bien faire, tout réussir, tout révolutionner. Ca demande une grosse démarche d’humilité dans une époque on où nous dit que « tout est possible et réalisable ».

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  • 27 février 2017 à 13:37
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    Après encore un WE où j’ai espéré que tout ce passerait bien, j’ai encore été terriblement déçue du comportement de mon conjoint…
    Votre article m’a touchée et je me suis beaucoup reconnue dans ces portraits, dans ce vase qu’on colle et qu’on recolle … et dans cette énergie nécessaire pour juste continuer à avancer ….
    C’est pourtant difficile à admettre… En effet si ce qui se passe est régulier, est il possible changer cette situation ???

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    • 27 février 2017 à 17:30
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      Il y a plusieurs choses à tenter mais aucune ne garantit que le changement espéré va se produire. C’est pour cela que la 1e question à se poser est déjà de savoir si nous sommes prêts à l’éventualité que rien ne change. Si je ne suis pas prêt à cette éventualité, le risque est qu’alors je mette trop de pression – sans m’en rendre compte – sur les épaules de l’autre et que cela empêche le changement justement.

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